Être parent, quoi de plus naturel ? L’arrivée prochaine d’un enfant au sein d’un couple qui s’aime et qui concrétise son union est toujours source d’émerveillement, de joie et de renaissance dans notre société. N’annonce-t-on pas sa grossesse à son entourage en parlant d’un « heureux évènement » ?
Combien sommes-nous à nous être déjà posé la question de ce qu’implique réellement de devenir parent pour une victime d’inceste ?
L’inceste est déjà si tabou et méconnu qu’il met la société « mal à l’aise », enfermant les victimes dans le silence, la honte, la culpabilité, le déni voire l’amnésie…Dans ce contexte, comment se demander si la difficulté d’avoir un enfant peut provenir d’un traumatisme plus ancien ? On dit souvent que le corps a une mémoire ; il est donc intéressant de réfléchir à l’impact que l’inceste peut avoir sur la parentalité des victimes. Quels sont les freins ou les vecteurs à cette parentalité forcément « pas ordinaire », puisque l’inceste est un crime familial dont l’impact ne s’efface pas ?
Le refus d’avoir un enfant dissimule souvent des peurs profondes.
La peur de reproduire, la peur de ne pas être capable, de ne pas être à la hauteur, de ne pas être digne de devenir parent, la peur de ne pas trouver le père ou la mère idéal (e) pour son enfant, la peur des relations sexuelles, la peur d’être enceinte, puis, celle d’accoucher.
Parfois, le ressenti est plus violent : la victime préfère ne pas mettre un enfant au monde parce que le monde qui l’entoure lui paraît trop horrible, sans repères, trop dangereux, sans avenir.
Une angoisse énorme est omniprésente à chaque fois : la peur qu’il arrive malheur à ce futur enfant : que le danger vienne de soi ou de l’extérieur. Les victimes qui ne veulent pas avoir d’enfant ne veulent pas non plus transmettre leur histoire, avec la crainte réelle de devenir des parents maltraitants.
L’inceste infantilise aussi profondément les victimes, et il devient donc compliqué d’avoir la responsabilité d’un petit être.
Toutefois, les survivants ne vont que rarement consulter un psy pour cette question, et abordent rarement ce sujet en thérapie. Pourquoi, alors que cela fait partie intégrante de l’histoire de chaque victime ?
Chez certaines victimes marquées par le traumatisme de l’inceste, le refus de transmettre ce qui a fait souffrir est si fort qu’elles se croient porteuses d’une certaine malédiction, ne veulent pas transmettre les gènes familiaux dysfonctionnels, et préfèrent se tourner vers l’adoption.
Il s’agit de recueillir un petit enfant abandonné à qui elles vont pouvoir donner tout l’amour qu’elles ont en elles sans forcément “voir” leur famille à travers cet enfant.
L’adoption peut aussi être un moyen de contourner la peur de la grossesse, de l’accouchement, qui est parfois totalement insurmontable, mais aussi le fait d’être dans l’incapacité d’avoir une vie sexuelle normale.
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