Je suis victime

Quelles que soient les circonstances, votre comportement, ce que vous avez fait ou pas fait, les liens que vous avez avec l'auteur ou les auteurs des violences, l'état psychique de ce ou ces derniers (stress, colère, emprise de l'alcool ou de drogues, etc.), IL-S N'AVAIT-ENT PAS LE DROIT DE COMMETTRE CES VIOLENCES. Il s'agit d'infractions pénales. Souvent ce qui paraît plus ou moins excuser l'auteur fait en fait partie de circonstances aggravantes (comme les liens familiaux, conjugaux, ou avec une personne ayant autorité, l'emprise sous alcool ou de drogues de la victime ou de l'auteur).

Comme toute personne vous avez un DROIT UNIVERSEL à la VIE, et au respect DE VOTRE INTÉGRITÉ PSYCHIQUE ET PHYSIQUE, et DE VOTRE DIGNITÉ.

Comme toute personne vous naissez et demeurez libre et égale en droit, personne ne peut déclarer avoir plus de droits que vous et de ce fait vous imposer par la force ou la pression ses volontés, et vous instrumentaliser en vous privant de votre libre arbitre.

Vos besoins fondamentaux (tout ce qui concerne la survie, l'intégrité et la dignité) et vos émotions ne peuvent être niés, votre consentement doit être respecté. Et si vous êtes dans une situation qui ne vous permet pas un consentement éclairé, comme une situation de vulnérabilité liée à l'âge (enfants, personne âgées), à la maladie, au handicap ou à une altération momentanée de la conscience (alcool, drogue,…), une contrainte psychologique est alors reconnue par la loi ,qui permet par exemple de qualifier des violences sexuelles.

Il faut avant tout que vous soyez secouru(e), protégé(e) et mis(e) hors de danger. Demandez de l'aide, NE RESTEZ PAS SEUL(E). Parlez des violences que vous subissez à des personnes de confiance, des proches fiables, des associations spécialisées, des professionnels de la santé, du social, des juristes ou contactez la police, la gendarmerie, le procureur de la république (lettre). Vous avez à votre disposition des permanences téléphoniques nationales gratuites qui proposent une écoute, des conseil et des adresses (comme le 119 pour l'enfance maltraitée, le 39-19 pour les violences conjugales, le 0 800 95 95 pour le viol, le 36-77 pour les maltraitances des personnes âgées et /ou handicapées) ; vous avez aussi pour le coût d'un appel local le 08-victimes 08 842 846 37, l'AVFT Association contre les violences faites aux femmes au travail 01 45 84 24 24, le CIDFF Centre d'information sur les droits des femmes et des familles 01 44 52 19 20, de nombreuses associations spécialisées d'aide aux victimes, des professionnels formés à la victimologie, etc.

Il est normal qu'il vous soit difficile de parler ou que vous n'ayez pas pu parler, dans notre société la loi du silence est encore très présente par rapport aux violences, particulièrement les violences intra-familiales, les violences au sein du couple, les maltraitances faites aux enfants et aux personnes vulnérables, les violences institutionnelles ou au travail, et encore plus lorsqu'il s'agit de violences sexuelles (seuls 8% des viols font l'objet d'une plainte), peu d'informations circulent, les droits et la loi sont peu connus. Vous pouvez craindre - malheureusement souvent à juste titre - de ne pas être entendu(e), de ne pas être cru(e), voire d'être culpabilisée ; si tel est le cas, surtout n'accordez pas foi à ces comportements qui sont liés à une méconnaissance de la réalité des violences, à un déni pour se protéger, voire à de la malveillance, et cherchez d'autres personnes plus fiables à qui parler.

De plus en plus de lois et de ressources existent pour lutter contre les violences, pour les faire cesser, pour vous protéger, pour vous soigner, pour obtenir justice et réparation.

Vous avez le droit de dénoncer les violences et de porter plainte (police, gendarmerie, procureur de la République). Personne (même la police ou la gendarmerie) n'a le droit de vous en dissuader, ni de vous en empêcher, c'est à vous de décider, cf. l'avertissement sur le site officiel de l'administration française http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F1435.xhtml «Attention : tout service de police est tenue de recevoir les plaintes déposées par les victimes d'infractions à la loi pénale et de les transmettre au service de police judiciaire territorialement compétent. C’est le procureur de la République qui décide de la suite à donner à cette plainte.»

Vous pouvez porter plainte même si vous êtes hospitalisé(e) et si vous ne pouvez pas vous déplacer, dans ces cas la police ou la gendarmerie doit se déplacer. Si vous êtes mineurs ou en situation de vulnérabilité les violences que vous subissez peuvent faire l'objet, pour vous protéger, d'un signalement par des professionnels s'ils ont connaissance de ces violences (ils en ont l'obligation si vous êtes en danger).

En cas de danger immédiat FAITES LE 17 (police ou gendarmerie) ou le 112 depuis un portable, ou le 15 et le 18 en cas d'urgences médicales ou chirurgicales, ou le 112 depuis un portable.

Le viol est une urgence médicale et judiciaire 24h/24, médicale car il nécessite des soins médicaux et psychologiques en urgence et une prévention (VIH, hépatite B et C, MST, grossesse), ainsi qu'un un examen médico-légal pour établir un certificat médical de constatation de violences et rechercher des preuves (prélèvements, traces de violences). Cet examen est fait le plus souvent dans une UMJ (Unité médico-judiciaire), il y en a une cinquantaine en France (l'UMJ ne prodigue pas de soins, elle fait uniquement des prélèvements et des examens pour établir un certificat médico-légal sur réquisition de la police, de la gendarmerie ou du procureur de la République). Certains de ces soins et de ces recherches de preuves doivent être faits le plus rapidement possible dans les 48 h après le viol. (en cas de viol ne vous lavez pas, gardez vos vêtements et tous les objets susceptibles de permettre une reconnaissance ADN).

Un enfant en grand danger est une urgence qui nécessite un signalement immédiat 24h/24 auprès du procureur de la République. Le Procureur peut décider en urgence de son hospitalisation ou de son placement dans une structure d'accueil même en cas de non accord des personnes ayant l'autorité parentale (OPP, Ordonnance de placement provisoire).

Une tentative de meurtre, des menaces de mort sont des urgences qui nécessitent la mise en place de protection immédiate.

Si vous portez plainte, la police ou la gendarmerie réquisitionnera un médecin ou vous adressera à une UMJ pour un examen médico-légal et évaluer une ITT, incapacité totale de travail (soit en urgence : viol, soit sur rendez-vous rapide).

Dans tous les cas de violences, consultez un médecin, votre médecin traitant, un service des urgences, un médecin spécialiste. C'est essentiel pour évaluer votre état de santé physique et psychique, dépister des troubles psychotraumatiques (qui sont les conséquences fréquentes et habituelles des violences), mettre en place des soins spécialisés et un traitement si nécessaire, et pour établir un certificat de constatation de violences qui a une valeur médico-légale, ITT (incapacité totale de travail) qui sert à qualifier les faits.
Un médecin ne peut pas refuser de vous faire un certificat à valeur médico-légale, vous pouvez l'utiliser ou non pour porter plainte et faire valoir vos droits, mais même si vous n'êtes pas prêt-e à porter plainte, ce certificat est à garder et sera utile comme preuve ultérieurement.

Suivant vos besoins immédiats vous devez être orienté(e) vers des structures spécialisées et des associations pour vous offrir des conseils juridiques, un soutien, un hébergement, des aides sociales.

Il est parfois difficile d'évaluer soi-même la gravité des violences (par méconnaissance de la loi et des définitions précises des violences, du fait de la présence de troubles psychotraumatiques dissociatifs et d'une anesthésie émotionnelle, de troubles de la mémoire et d'état confusionnel chez la victime, et aussi en raison du déni et de la minimisation par l'agresseur ou par l'entourage), il est alors essentiel d'avoir un avis spécialisé qui aidera à nommer les violences (dire s'il s'agit d'un délit, d'un crime, avec ou non des circonstances aggravantes), qui dira la loi, vous énoncera vos droits, vous donnera toutes les informations utiles et qui vous orientera pour une prise en charge optimale sur le plan médical, judiciaire, social.

Les différents délits et crimes sont définis précisément par le code pénal (cf. les pages consacrées aux violences physiques, psychologiques, sexuelles).

Essayez de noter le plus précisément possible les violences que vous avez subies, vos réactions, vos émotions, ainsi que les comportements de l'auteur des violences. Des mécanismes de défense et des troubles de la mémoire peuvent être de véritables machines à effacer de votre mémoire des détails importants, voire des pans entiers de périodes de violences. Noter est utile pour vous, pour garder en mémoire les faits et les émotions que vous avez ressenties, c'est très utile aussi pour le traitement des troubles psychotraumatiques si vous en développez, et enfin c'est aussi très important si vous décidez de porter plainte. Il est également essentiel de garder tous les éléments qui peuvent être des preuves ou des indices (des lettres, des mails ou SMS) et de constituer une chronologie des faits la plus précise possible

NE VOUS CULPABILISEZ PAS si vous n'avez pas anticipé les violences, si vous n'avez pas pu les empêcher, si vous n'avez pas pu vous défendre, si vous n'avez pas réagi de façon cohérente. C'est l'auteur des violences qui vous a imposé un scénario que vous ne pouviez pas prévoir, et qui est incompréhensible car il n'a aucun rapport avec votre réalité, ce que vous êtes, ce que vous avez fait, avec les circonstances, avec ce que l’agresseur semblait être, et c'est cela qui vous a totalement surpris-e, déstabilisé-e, terrifié-e, en étant responsable d'un état de SIDÉRATION psychique, qui peut expliquer les incapacités à réagir, les attitudes paradoxales vis à vis de la situation ou vis à vis de l'auteur des violences. Cet état n’en sera pas moins à l'origine d'une mémoire traumatique très douloureuse, en étant également à l’origine d'une grande difficulté à évaluer la gravité des violences en ayant un jugement adapté sur les auteurs de violence (difficulté à leur en vouloir, à s'en défendre, à s'en séparer, à porter plainte). La victime a souvent une connaissance intellectuelle de la gravité et de la monstruosité des violences subies et des comportements de l'auteur, mais comme cette connaissance n'est pas soutenue par des émotions en rapport (pleurs, détresse, colère, rage) du fait de l'amnésie émotionnelle, cela aboutit à une situation de doutes et de confusions sur ses sentiments et son jugement.

Dans le cadre de votre parcours judiciaire et de soins, vous avez le droit d'exiger une prise en charge normale, respectueuse et bienveillante. Personne dans le cadre de cette prise en charge n'a le droit de refuser de vous entendre ou de vous permettre de porter plainte, de vous culpabiliser, de faire pression sur vous pour que vous renonciez à des poursuites, de tenir des propos sous-entendant que vous mentez, que vous exagérez, que vous êtes pour quelque chose dans ce qui vient d'arriver, de vous dire qu'à votre place il ou elle n'aurait pas agi comme cela, de minimiser ou banaliser les faits en les interprétant (c'était un jeux d'enfant, ce n'est pas si grave, il ou elle n'a pas fait exprès, il ou elle ne s'est pas rendu compte, etc.).
Malheureusement beaucoup de professionnels qui sont amenés à prendre en charge des victimes ne sont pas encore suffisamment formés. N'hésitez pas à changer ou à demander de changer de professionnel si vous ne vous sentez pas cru(e), ni compris(e), ni soutenu(e), voire pire si vous vous sentez maltraité(e).
En ce qui concerne la police et la gendarmerie, ils doivent prendre votre déposition de plainte sans en altérer le contenu. Si une enquête est diligentée, les droits de l'auteur présumé des faits doivent être respectés, il bénéficiera et c'est normal d'une présomption d'innocence. L'enquête est contradictoire et il est normal que vous soyez interrogée, et que votre parole puisse être mise en doute si les preuves sont difficiles à établir, mais cela ne doit en aucun cas justifier que l'on vous considère a priori comme une menteuse (vous devez vous aussi bénéficier d'une présomption de bonne foi) ou que l'on vous tienne des propos agressifs, que l'on vous intimide, que l'on vous culpabilise.
La police et la gendarmerie doivent prendre en considération les risques que vous courrez et vous protéger, tenir compte de votre état psychologique et respecter votre dignité. N'hésitez pas à vous faire soutenir par des associations, des professionnels formés et par un avocat spécialisé.

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