Le pardon

 

Je n’ai même pas pensé à décider de pardonner à mon agresseur et je n’ai pas pu parce que ce n’est pas possible pour le moment dans ma tête. Peut-être que ça viendra, je n’en sais absolument rien parce que je n’ai pas de principe là-dessus. J’ai fait la démarche d’aller du point A au point B : d’aller de mon domicile au commissariat et maintenant ce n’est pas une question de pardon, c’est une question de décision de la justice : est-ce que mon agresseur, mes agresseurs sont coupables ou pas au yeux de la loi ? Est-ce qu’il y a suffisamment de preuves ? Je suis dans le truc où je laisse le bébé aux professionnels et eux en tout cas, je n’ai pas de lien avec eux, pour pardonner il faut déjà être en lien, je ne suis pas en relation avec eux, ils sont quelque part extrêmement présents dans ma tête et en même temps ils sont abstraits parce qu’il n’y a absolument plus aucun investissement affectif que ce soit dans la haine que dans l’amour. Je ne ressens absolument aucun amour pour mon père, absolument aucun amour pour ceux qui m’ont fait du mal ou absolument aucune haine, je suis dans une espèce de flottement, beaucoup de souffrances mais pas de haine. L’entourage complice et silencieux je lui en veux beaucoup donc là, je suis loin du pardon parce qu’eux ils ont été témoins, ils sont collaborateurs de ce crime. Est-ce que je me pardonne ? Ça c’est autre chose, je ne sais pas si je m’en suis voulu mais en tout cas pendant très longtemps je m’en suis pris à moi, je me suis considérée comme un monstre : le résultat de tout ce massacre qui a duré des années, une dizaine d’années, ça m’a donné une image de moi complètement faussée l’impression d’être un monstre, d’être un être en dehors de l’humanité, une sorte de truc pas humain, à mi chemin entre l’être humain et la chose, un monstre, un truc qui n’a pas le droit de vivre, un truc qui n’a pas le droit de ressentir, un truc non plus qui n’a pas le droit d’avoir de la peine ou d’avoir de la rancœur. Je commence à me pardonner d’être vivante et à me dire « non, tu n’es pas un monstre, tu es un être humain ». Même si on m’a collé des étiquettes « psy » à tire larigot depuis 13 ans par les divers professionnels plus ou moins compétents, je ne me considère pas comme une malade parce que j’ai souffert et j’ai subi ça. Ma décision pour avancer c’est cette démarche, je m’y accroche corps et âmes, sans être obsédée par cette démarche judiciaire mais c’est vraiment ça qui me donne la force et le courage de me dire « non, tu n’es pas un monstre et oui, peut-être que tu as une forme de courage en toi puisque tu as décidé d’être active », à ce moment là le statut de victime s’estompe un peu et le statut de monstre s’efface complètement parce qu’un monstre c’est la foire et je suis un être humain, vivant, je suis une maman, quand je vois mon fils qui me dit plein de choses super chouettes et parfois marrantes et complètement décalées... je suis quelqu’un d’assez farfelu et je commence à m’apprécier en tant qu’être humain, pas « je m’aime et je me baise les mains » mais je suis digne de vivre au même titre que n’importe quel être humain sur terre.

Par rapport à l’entourage passif, silencieux et complice, j’ai un entourage qui est complice, absolument pas silencieux et absolument pas passif, il est insultant, il est menaçant, il est extrêmement violent et participatif pour défendre le père incestueux qui m’a incestée moi mais pas les autres, cet entourage ne trouve pas cela impensable, il est dans une perpétuation de la violence qui a été perpétuelle, intense, insoutenable et qui continue à le faire alors que je vais fêter mes 35 ans, ça fait 33 ans que ça dure et ils sont dans la participation, la collaboration active, je reprend ce terme parce que c’est quelque chose auquel je tiens, de la violence et de la maltraitance, s’ils pouvaient le faire ils seraient violents physiquement pour me faire taire, pour que je ne me défende pas et ils ne sont pas du tout silencieux et passifs parce que ça leur fait violence de voir quelqu’un qui est toujours vivant, qui a survécu à ça et qui est là pour dire « j’ai souffert de ça et j’ai subit tout ça et vous n’avez pas subit tout ça ! » ça, ça les emmerde profondément et ça provoque en eux une haine terrible et cette maltraitance se décline sous des travers variés et ils sont tous d’accord et ils sont tous très copains entre eux. J’ai 2 sœurs et un frère et ils sont copains comme cochons.

 

Je n’ai certainement pas décidé de pardonner, pu certainement pas. De toute façon lui pardonner ce serait lui reconnaître une certaine valeur et pour moi, même une valeur négative il ne l’a pas. L’entourage je n’en parle pas parce que je suis persuadée que personne n’était au courant. La seule personne qui pouvait être au courant c’était ma sœur mais ma sœur était victime en même temps et elle subissait pour que moi je ne subisse pas et moi je subissais pour qu’elle ne subisse pas donc à la limite on était responsables toutes les deux. Moi, effectivement, oui je m’en veux comme je pense tout un chacun on s’en veut de s’être laissée faire, de ne pas avoir dit « non », la chose sur laquelle je m’en veux le plus c’est de lui avoir reconnu le titre de papa, d’avoir cru en cet amour de père que j’attendais depuis pratiquement ma naissance, je m’en veux de m’être trompée à ce point là mais est ce que réellement je me suis trompée moi-même là est la question. Me pardonner à moi-même ce sera difficile parce que de toute façon si tant est que je puisse me pardonner à moi-même quelque part je pourrais vivre ça comme lui donner raison, approuver ce qu’il a fait en reconnaissant que j’étais un être faible, de toute façon être faible ça je l’étais c’est clair. Je suis toujours un être faible mais j’essaie de sortir la tête de l’eau et comme pour moi je ne peux rien faire, la seule et unique chose qu’il me reste c’est de pouvoir être présente. Mon agresseur ne fera plus de victime, les seules victimes qu’il pourrait faire ce sont les vers et j’espère bien que là où il est ce sont les vers qui lui en font mais de toute façon je pense que je serais toujours sur le même chemin parce que je ne peux pas me pardonner à moi, je ne peux pas lui pardonner à lui, je ne peux pas m’en vouloir à moi et je ne peux pas lui en vouloir à lui, de toute façon ça ne rime à rien, il vaut mieux que je continue comme ça en pensant aux autres. Quand je serais de l’autre côté peut-être qu’à ce moment là, de l’autre côté, je pourrais lui régler son compte, c’est une espèce de croyance qui est en moi et qui m’aide à passer les moments difficiles.

 

Aujourd’hui, je n’ai rien décidé par rapport à pardonner, je vais quand même ajouter quelque chose, je lui ai donné le pardon, c’est compliqué, mon mari m’a dit « tu as fait ça très vite ! » En fait, mon agresseur m’avait appelée, il venait de reconnaître qu’il m’avait agressée et puis je ne sais pas ce qui s’est passé au téléphone je lui ai dit « pardon ! » je ne sais même pas de quoi après et de toute façon aujourd’hui il n’est pas question de pardonner quoi que ce soit parce qu’il faudrait déjà qu’il reconnaisse ses torts. J’ai envie de dire qu’aujourd’hui j’ai envie de me libérer au moins de ce poids là qu’on m’a mit dans la tête, c'est-à-dire que je veux moi-même écrire à la justice, bien sûr qu’il y a prescription mais tant pis, pour me libérer du fait que je pense qu’il peut agresser encore des enfants. Après, comme je le disais tout à l’heure pour moi le mot « pardon » il est compliqué, je préfère dire « couper le lien » parce que je préfère ça mais je veux me débarrasser, m’écarter de tout ça parce que je ne suis plus une victime et si je peux le rencontrer et lui casser la gueule ça serait bien. L’entourage, je dirais que c’est pire, parce qu’ils m’ont tous lâchés et ça fait peut-être encore plus mal ça, eux, je les laisse là où ils sont, je dis toujours que je fais un deuil de ma famille même si elle est toujours vivante, je suis obligée de faire ça. Après, me pardonner à moi-même, je ne sais même pas de quoi ? Je ne sais pas ce qu’il faut me pardonner, je dois me pardonner quoi ? J’ai l’impression quand on me dit ça que j’ai fait une faute, je ne sais pas laquelle... enfin, j’ai envie de faire ça pour me libérer de ce poids et m’apaiser et me dire qu’il ne m’atteint plus même s’il y a encore des jours difficiles.

 

Je n’ai pas pu pardonner à mon agresseur, ce n’est même pas une question de pouvoir ou de ne pas pouvoir c’est une question d’envie : je n’ai pas envie de pardonner à mon agresseur. Le pardon c’est quelque chose dont je me fous totalement, ce n’est vraiment pas ma préoccupation par rapport à lui. Ma préoccupation aujourd’hui c’est qu’il ne puisse plus nuire à d’autres enfants, le pardon après... je pense qu’il s’en passe et que je m’en passe aussi très, très bien. Le pardon à un entourage complice, silencieux et passif alors là, encore moins ! Je crois que j’en veux plus à mes parents qu’à mon agresseur, c’est certain. Mon père a été au courant dès la première fois, il l’a surpris en plein acte, je m’en souviens très bien et quand je lui en ai reparlé il a nié pendant très longtemps en me traitant de folle alors que moi j’avais le souvenir très net dans ma tête et finalement à force de le harceler il a avoué, des années après, qu’effectivement il avait vu et qu’il avait vu plus que ce que je pensais, alors pardonner certainement pas. Ni à mon père, ni à ma mère. Pour moi, ils sont tout aussi criminels que mon agresseur. Quand j’ai écrit à la justice malgré la prescription pour dénoncer les actes de mon agresseur, je me suis posée la question si j’allais aussi évoquer la non assistance à personne en danger concernant mes parents et je n’ai pas réussi à le faire parce que malgré tout je sais que mes parents je les aime, paradoxalement, même si je ne les vois plus, même si je ne veux plus avoir de lien avec eux parce que c’est trop compliqué, trop destructeur, ça reste mes parents, je sais que je les aime et je les aimerais toujours mais le pardon non. J’estime que j’ai porté notre famille pendant très longtemps, ce n’était pas mon rôle, je les ai même emmené en thérapie familiale avec moi pour essayer d’arranger les choses, ça n’a rien donné, j’ai fait tout ce que je pouvais faire, je leur ai écrit, je leur ai parlé, je pense que je ne peux pas faire plus que ce que j’ai fait pour que les choses s’arrangent donc j’ai préféré tout arrêter. C’est plus sain pour moi et pour mes enfants. A moi-même il y a très longtemps que je me suis pardonnée, il y a très longtemps que j’ai compris que je n’étais pas la folle contrairement à ce qu’on a essayé de me faire croire, il y a très longtemps que j’ai pardonné à la petite fille que j’étais qui n’était absolument pas responsable. J’ai appris que j’étais capable de faire des choses contrairement à ce qu’on a essayé de m’enseigner, que je pouvais être appréciée par des gens, que je n’étais pas complètement abrutie et je crois que j’ai terminé de me pardonner en reprenant mes études tout récemment, j’avais quitté l’école très, très tôt et là par contre je m’en voulais à moi. En décidant cette année de reprendre mes études je crois que j’ai terminé avec le pardon à moi-même en me disant « j’ai réussi ! » et ça, je suis assez fière de moi. Je me dis que si je pardonnais finalement ça voudrait dire que ce n’est pas grave ce qu’il y a eu, que ça n’a pas d’importance et peu importe les conséquences sur ma vie ou celle de mes enfants, parce que quoi qu’on en dise, même si mes enfants ne vont pas trop mal, je sais qu’il y a des conséquences sur eux. Non, je ne peux pardonner, ni aux uns, ni aux autres et je n’ai pas envie de le faire.

On fait beaucoup le lien entre le pardon et la colère et je trouve qu’effectivement il y a un lien important. Comme je le disais tout à l’heure, j’ai entrepris de reprendre mes études à l’université, je n’ai jamais mis les pieds dans une fac, je doutais complètement de moi, ça fait longtemps que j’y pense et je ne me suis jamais lancée en pensant comme on me l’avait dit que j’étais un peu débile et complètement incapable de faire des études et pas intelligente et j’ai été très surprise là parce que j’ai passé des évaluations, j’ai eu de très bonnes notes. J’ai ressenti un truc quand j’ai eu l’entretien avec le professeur qui m’a rendu mes copies en me disant que c’était les meilleures copies, il était vraiment plein de compliments en me disant que j’avais vraiment un niveau incroyable etc. ce sont des choses que je n’avais jamais entendu à l’école et du coup, je suis sortie de la fac, j’étais sur un petit nuage, je ne m’étais jamais sentie comme ça et je me suis dit j’ai envie de partager ça avec ma maman et ma mère, j’avais l’impression que j’en n’avais pas réellement et finalement, je me suis dit « je vais quand même l’appeler même si ça fait longtemps qu’on ne s’est pas parlé », je ne sais pas c’était viscéral, j’avais besoin de lui dire. Je l’ai appelée, elle était un peu étonnée que je l’appelle et dans la conversation j’ai dû placer ça, je n’ai même pas parlé de mes notes, j’ai juste dit que j’allais reprendre mes études. Elle m’a dit qu’elle était fière de moi, je l’ai sentie sincère et en même temps au lieu d’être contente j’ai ressenti une colère immense et j’ai eu envie de lui raccrocher au nez parce qu’au lieu d’être contente d’entendre enfin des mots gentils de ma mère, je me suis dit « mais en fait, c’est à cause d’elle que je ne suis pas allée à l’école, que j’ai arrêté l’école, que j’ai quitté la maison... » Donc, là, au niveau du pardon, c’est clair que je n’en suis pas du tout là. J’aurais aimé être capable d’apprécier le fait qu’elle me dise qu’elle est fière de moi enfin alors qu’elle ne me l’a jamais dit mais je ne suis même pas capable de ça parce que je suis incapable de lui pardonner, je me suis sentie très mal juste après en me disant « j’aurais vraiment voulu partager ça avec elle... » Et en fait, on n’arrive vraiment pas à être sur la même longueur d’ondes, je lui en veut encore beaucoup pour tout ce qu’elle m’a volé pendant mon enfance et mon adolescence, même si ce n’est pas elle qui m’a violée, c’est quand même elle qui ne m’a pas aimée, qui ne m’a pas protégée, qui ne m’a pas écoutée, qui m’a rejetée et quand je lui ai dit que je quittais l’école elle m’a juste dit «  et la CAF ! Je ne toucherais plus mon argent ! » Bien sûr que je n’allais pas retourner à l’école en ayant ce discours là. Tout ça pour dire que le pardon et la colère c’est quand même intimement lié et que tant qu’on ressent une colère aussi forte pardonner, je ne vois pas comment c’est envisageable. Sans parler de l’agresseur, j’aimerais bien être capable de pardonner à mes parents parce que ne pas avoir de parents ça me manque même s’ils m’ont fait beaucoup de mal. Mon père j’ai essayé de lui parler l’année dernière une énième fois, la seule chose qu’il m’a répondue quand je lui ai demandé « qu’est ce que tu penses de tout ça ? » la seule chose qu’il m’a répondu c’est « moi, tu sais, mon médecin m’a interdit de penser c’est pas bon pour la santé » donc, ok, ne penses pas, c’est bien, moi aussi, j’aimerais bien ne pas penser. Ensuite je me suis dit c’est bon, ce n’est plus la peine qu’on se voit, ça ne sert à rien, on ne peut même pas discuter, si la réponse imparable c’est « je n’ai pas le droit de penser » et bien, ne penses pas ! Et ma mère son truc, chaque fois que je veux lui parler elle avale des cachets pour faire une pseudo tentative de suicide et après elle appelle les pompiers pour aller à l’hôpital, je ne vois pas comment c’est possible d’avancer et de pardonner dans ce sens là.

Par rapport à l’entourage complice, silencieux et passif, comme je le disais mon père a vu dès la première fois, d’autres fois aussi. Quand je lui ai demandé pourquoi il n’avait rien dit, pour quoi il n’en avait pas parlé et pourquoi il avait fait en sorte que mon oncle devienne le baby-sitter de moi et mon frère pendant des années, il m’a juste répondu qu’effectivement il avait vu et pour lui ces actes n’étaient pas des actes graves, que c’était de l’ordre du « touche-pipi » Alors je ne pense pas que les théories « psy » qui prétendent que c’est de l’impensable ou de l’incroyable... je pense qu’à la base, il y a aussi des familles profondément dysfonctionnelles et violentes qui se complaisent en se disant « ma foi ce sont des enfants, ils ne s’en rappelleront pas, ils vont oublier et les enfants c’est un peu comme des objets... » Ma mère voit les enfants comme ça, que ce soit moi ou mes propres enfants, les enfants sont des objets, on les pose là comme des pots de fleurs, ils ne pensent pas, ils ne parlent pas, ils n’entendent pas et je me souviens très bien que lorsque je les emmenais encore chez elle, elle oubliait même de leur faire à manger parfois. Je pense que ce sont des familles profondément dysfonctionnelles, qui n’ont pas énormément d’empathie pour les enfants. Mon père pour lui ce n’était pas de l’ordre de l’impensable et de l’incroyable, simplement pour lui, ce n’était pas grave et il ne pensait même pas que j’allais m’en rappeler et pour mon frère c’est pire parce que lui n’a parlé qu’à 34 ans. Pour les parents bienveillants c’est certainement de l’ordre de l’impensable parce que c’est quelque chose qu’on ne peut jamais imaginer mais mon expérience personnelle me fait dire que les parents bienveillants agissent en écoutant au moins leurs enfants pas en les rejetant.    

 

Vis-à-vis de moi, je pense que le pardon c’est fait depuis un moment, je suis à peu près sûre. Ce que je disais tout à l’heure par rapport aux 2 agresseurs, je croyais mais vu ce que je vis en ce moment, je suis beaucoup moins sûre. Par contre, oui, je suis un peu comme tout le monde ici, j’en veux plus à l’entourage complice, silencieux et passif... alors là, oui, je suis même terrible au travail à cause de ça. Je sais que c’est ça qui parle, qui n’est pas digéré mais j’en veux plus à tous les gens qui sont autour et ça se traduit dans ma vie au travail, quand je vois des trucs pas clairs, j’ai voulu prendre la défense il n’y a pas longtemps d’une personne, j’ai quand même tendance à faire ça, même si on ne me le demande pas d’ailleurs, lors d’une réunion j’ai osé parler de ce problème là et la personne a dit « mais pas du tout ! » j’ai cru que j’allais tomber dans les pommes. En fait, c’est ce silence... ne rien dire, « j’ai pas vu », « et puis on m’a dit... » Je ne supporte pas, c’est très, très dur pour moi à cause de ça, je me suis entendu dire un jour en réunion... je me demande qui sont les pire, si ce sont ceux qui donnent les ordres ou ceux qui les exécutent les yeux fermés, je ne peux pas. J’en veux beaucoup plus à l’entourage qui ne dit rien, c’est insupportable pour moi. Il y a un mot que j’ai entendu tout à l’heure qui m’a... elle a parlé de « collaborateurs », on appelle maintenant dans les sociétés les salariés des « collaborateurs », non, moi je ne supporte pas ce mot, je ne suis pas un « collaborateur ».

Je me souviens que lors d’une séance de thérapie, mon psy m’avait dit à l’époque en me parlant de mes parents qui n’avaient pas été là, quand j’ai commencé à parler, j’avais dû rêver sûrement ce n’était pas possible... il m’avait dit à l’époque et c’est vrai que c’est un truc que j’ai bien retenu, il m’a dit « de toute façon, bien souvent, pour les parents c’est de l’ordre de l’impensable » et c’est vrai que quand on met ça à la figure des parents, il y a ce fameux déni qui est un mécanisme de protection et peut-être que leur système... ça ne se fait pas par leur volonté, ça se fait tout seul le mécanisme de protection de défense, c’est tellement insupportable et il m’a dit « incroyable » au sens littéral du mot : incroyable, on ne peut pas y croire et donc on en arrive à tout ce qu’on arrive. Mais c’est quelque chose qui est resté bien ancré là... pourquoi c’est si dut cette chape de plomb par rapport à des parents qui ont vu, n’ont pas vu ou quand ils l’apprennent refusent de l’entendre et de croire, mon psy m’a expliqué cela, alors peut-être que ça ne justifie pas, rien, mais ça peut expliquer. Et la culpabilité, je vois ma mère comment elle se comporte avec moi depuis quelques années, j’ai l’impression d’avoir 5 ans, tous les jours : « tu vas bien ma p’tite chérie ? Et tu sais, je suis toujours proche de toi, le soir quand je me couche je pense toujours à toi » j’ai l’impression d’avoir 5 ans et là, je sens une terrible culpabilité qui doit quand même un peu la bouffer, ma mère me harcèle au téléphone tous les jours, tous les jours pour voir si tout va bien, si je n’ai besoin de rien, que je peux toujours compter sur elle, sur mon père, c’est con que ça vienne seulement maintenant. N tout cas, ça, par rapport à mon père et ma mère ça m’a permis un tout petit peu de relativiser, cette histoire d’impensable et d’incroyable.

 

Pour moi pardonner, pas question ! Il n’y a pas lieu de pardonner parce qu’il a fait exprès de me violer. J’en veux aussi à ma mère, la façon dont elle l’a prit lorsque je lui ai dit ce qui s’était passé, au lieu de dire « c’est horrible ! » c’était son ami qui m’agressait donc je ne pouvais pas voir ma mère sans risquer d’avoir un couteau sous la gorge  et d’être violée, même aujourd’hui, on n’a pas de contact, on n’a coupé les ponts avec eux. J’en veux à mon demi frère aussi qui était au courant de ce qui se passait et qui ne faisait rien. Je ne me pose pas trop la question de pardonner parce que pour moi ce n’est pas possible de pardonner, c’est un crime terrible, ça ne se pardonne pas et encore pire quand en justice tu as pu porter plainte il y a la prescription, donc il n’y a pas de procès. A la justice, je leur ai écrit avec des témoignages d’amis d’enfance, ils n’ont pas vu les agressions malheureusement, comme mon psychiatre ne voulait pas écrire juste 2 lignes pour confirmer mes dires... pardonner non. Je pourrais le tuer sans problème.

Je suis retournée dans mon pays il y a quelques années maintenant, il y a à peu près 5 ans et quand j’ai programmé mon voyage, j’avais dit à mon copain à l’époque d’aller voir mon agresseur par rapport à ce qui s’était passé et finalement ce qui c’est passé c’est qu’on est arrivé devant la maison de ma sœur et elle était sortie de chez elle pour faire ses courses, lui m’a vue et il est rentré en courant dans la maison, j’avais eu très, très peur, j’ai pu ressentir la peur que j’avais quand j’étais petite et je n’ai pas pu sortir de la voiture donc on est parti. Puis, quelques jours après, nous passions près du jardin d’une copine, il y avait un monsieur aux cheveux gris et j’ai dit à mon copain « voilà, il est là, il est dans le jardin... » Et je n’avais pas la colère en moi à ce moment là, elle était trop refoulée, alors je n’ai pas pu aller le voir et taper dessus comme j’avais prévu de le faire. J’ai eu de la pitié, je me suis dit « qu’est ce qu’il est con ce type ! Un gros con ! » Maintenant, je prévois encore un voyage, sûrement l’année prochaine, pour aller lui taper dessus, je vous dirais si j’y suis arrivée ! A un moment donné quand j’ai su que je n’aurais pas de procès, je l’appelais jour et nuit pour le harceler, pour l’engueuler il a fini par poser le téléphone près du lit et il n’écoutait plus alors j’ai laissé tombé, puis, j’ai commencé à lui écrire pour lui dire ce que je pensais de lui, ce qu’il m’a fait, je n’ai jamais eu de réponse mais enfin, j’ai laissé tomber. C’est terrible la colère que l’on peut ressentir et en sa présence tout à coup, j’ai eu peur, encore peur de lui, j’avais encore peur de lui alors que j’étais beaucoup plus grande et beaucoup plus vieille que lors de mes agressions. J’ai encore peur de lui. C’est ça qui est terrible parce qu’ils ont détruit ma vie, je recommence à vivre petit à petit depuis 2 ou 3 ans mais il m’a pourrit ma vie, il l’a détruit et encore j’arrive à me sentir plus coupable que lui de ça, ce n’est pas juste, ce n’est pas juste. Est-ce qu’on peut pardonner ? On ne peut pas pardonner ça, ce n’est pas possible.

 

Il ne s’agit pas de mon agresseur, c’est l’agresseur de mes enfants et puisqu’il s’agit de l’agresseur de mes enfants, c’est un double non pour le pardon. Déjà pour les raisons que j’évoquais tout à l’heure parce que c’est pratiquement accepter ce type de comportement qui est à mon sens inacceptable et à ça se superposerait un sentiment de trahison vis-à-vis des enfants. J’ai passé des années à me battre à leur côté pour que la vérité soit connue, reconnue et que justice soit faite. Le pardon c’est sur une autre galaxie pour moi. L’entourage parfois passif et complice, on a ça aussi mais je n’ai pas du tout envie de leur pardonner, j’ai plutôt envie de leur rentrer dans le chou pour essayer de leur mettre le nez dans la vérité et ils refusent. Sur les 50 péripéties judiciaires qui viennent de se terminer, j’ai fait part des conclusions à une trentaine de personnes, des personnes qui s’étaient impliquées plus ou moins dans l’affaire, aucune ne m’a répondu, ils étaient impliqués dans l’affaire très souvent pour attester de la bonne moralité de l’agresseur qui était un garçon « gentil », « travailleur », c’est vrai mais qui est quand même un violeur d’enfants, donc, à la fin de l’affaire, j’ai essayé de communiquer très clairement sur ce qui s’était passé, ce qu’il avait dit pas dit, je n’ai obtenu aucune réponse sauf une « laissez-moi tranquille ! » d’une personne qui s’était peut-être un peu plus impliquée que les autres mais c’est quand même assez significatif : sur 33 personnes, une réponse « laissez-moi tranquille ! » alors pardonner à des gens comme ça qui n’acceptent pas la vérité de la justice rendue à plusieurs reprises. A moi-même, non, au contraire, je ne me sens pas quelque chose à pardonner, j’ai encore effectivement un sentiment de culpabilité de ne pas avoir pu empêcher ça mais à partir du moment où on n’a pas pu empêcher ça, on a essayé de faire avec et essayé de limiter la casse même si je sais que ce n’est pas facile au quotidien, on a même du mal à se réjouir des bonnes nouvelles. Le fait de ne pas pardonner et de rechercher avec acharnement la vérité et la justice avec, on seulement l’absence de perspective de pardon mais une vraie haine et une vraie colère c’est un vrai moteur pour faire avancer les choses.

C’était impensable oui mais c’est bête, c’est que d’un seul coup, on trouve une explication à toutes les observations qu’on a eues : les tentatives de suicide, la dépression chez les gamins, d’un seul coup, on a une explication rationnelle qu’on peut pas ne pas croire parce qu’on les a observées et ce qu’on nous annonce là ça éclaire le fait que ça soit vrai puisque les conséquences existent et qu’il y a un phénomène à l’origine. C’était impensable parce qu’effectivement avant d’être confronté à ce type d’expérience on sait que ça existe, on pense que ça existe, on en entend parler à minima mais on ne se sent vraiment pas concerné par ce genre d’affaire et au moment où ça arrive c’est réellement impensable mais les faits font que c’est croyable. Après il y a peut-être des mécanismes de protection qui se mettent en place chez les uns ou chez les autres de façon un peu différente, je ne sais pas.

 

Je suis aussi mère de 2 fils qui ont été agressés dans des situations qui étaient différentes parce qu’au moment des révélations, quand ils avaient 28 et 24 ans, j’ai donc découvert ça une nuit et il y en avait un, on s’est renseigné presque tout de suite, l’aîné était prescrit et le cadet n’était pas prescrit mais pas prêt à porter plainte et mon fils aîné m’a expliqué qu’il savait que j’étais au courant, qu’il en était sûr parce que j’étais dans la pièce à côté quand il l’avait dit à son père. Le problème c’est que j’étais dans la pièce à côté mais à l’étage du dessous entrain de faire la cuisine pour 15 personnes et mon mari ne m’en a jamais parlé, il ne s’est jamais une fois brusquement retourné vers moi en me disant « mais tu te rends compte ce qu’il a fait mon frère ?! » par contre il a dit à son fils « tu n’auras qu’à te débrouiller s’il recommence... » L’année d’après, j’ai retrouvé l’oncle entrain de masser mon fils sur les épaules, ils étaient tous les deux habillés mais mon fils visiblement pleurait, ça ne lui plaisait pas du tout, j’ai pris le frère de mon mari et je l’ai foutu dehors... alors au moment des révélations, mon fils m’a dit « tu le savais ! », je lui ai dit « non ! », il me dit « papa m’a aidé mais pas toi » une thérapeute m’a dit « vous êtes une mère abandonnique, ça fait 20 ans que ça s’est produit, vous ne lui avez rien dit, c’est normal qu’il vous en veuille » ce qui veut dire que je serais classée dans les « complice silencieux et passif » ce qui me fait quand même beaucoup de mal. Au moment des révélations mon fils cadet m’a dit « tu sais maman, c’est normal que tu n’aies rien su, j’ai tout fait pour que tu ne le saches pas », or, au moment où mon fils m’en a parlé pour la première fois, je lui ai dit « je vais aller parler à ton oncle dès demain » et c’est lui qui m’en a empêchée. Mon fils aîné est sorti du déni à 36 ans, l’été dernier, et il y a peu de temps encore il est venu me voir en me disant « maman, je veux te faire avouer que tu savais », il m’a dit « tu savais bien que s’il me massait c’était sexuel ! » et je lui ai dit « à l’époque non ! Maintenant peut-être oui, mais à l’époque non !», il me dit « en tout cas ce que je veux que tu me dise c’est que tu n’as rien fait après », « effectivement, je n’ai pas tiré de conclusion », alors il m’a dit « maman, ça m’a apaisé ce que tu me dis là» mais moi, j’en ai encore plus les boules ! Je ne peux pas pardonner à un agresseur qui me fausse ma relation avec mon fils à ce point là, avec mon fils aîné, j’ai réussi à rétablir une relation excellente avec mon fils cadet, ok, mais quand je sais que l’agresseur encore la semaine dernière disait encore « oui, pour ce qui est prescrit j’ai fait « ça » mais non pour ce qui n’est pas prescrit » comment voulez-vous que je lui pardonne ? Il a faussé mon couple parce que je me suis même boxée avec mon mari pour ce qu’il n’a pas fait, il a faussé mes relations avec mes enfants, il m’a démolie moi aussi : ça m’est quand même arrivé de me mettre à boire la nuit, etc. parce que je ne voyais pas comment on pouvait s’en sortir, j’étais complètement impuissante. Il avait quand même un entourage silencieux, complice et passif : sa femme et ses 3 gosses. Récemment, mon fils m’a dit « mais enfin, ce n’est pas leur faute aux enfants, ce sont des victimes eux aussi », je lui ai dit « mais attends, ils ont reconnu devant ton père et devant la police ils ont menti, est ce qu’on peut leur pardonner ? Non, on ne peut pas pardonner. » Et c’est vrai que c’est une force parce que la haine ça oui, j’en ai encore, ce n’est pas digéré. Je suis quand même assez fière de ce que j’ai fait pour mon fils cadet, il voulait abandonner son procès, je lui ai quand même trouvé 2 avocats, j’ai fait tout ce qu’il fallait et il a réussi c’est quand même aussi parce que j’ai aussi réussi à ce que mon mari se porte partie civile, le fait que les parents se portent partie civile au côté d’un enfant adulte ça a beaucoup impressionné le juge d’instruction, j’estime que s’il a gagné son procès c’est assez grâce à moi et j’en suis fière, de ce côté-là est ce qu’on peut dire que ça m’aide à me pardonner ? Oui, peut-être.

Pour moi c’était impensable mais ce n’était pas du tout incroyable parce que dès que dès qu’ils m’en ont parlé j’ai immédiatement compris et j’ai fait 4 pages au juge d’instruction sur tous les symptômes que j’avais vu en me creusant la tête pendant des années, toutes les nuits, pour savoir pourquoi. C’était de l’impensable pour moi effectivement mais pas de l’incroyable. Je veux ajouter que j’avais emmené mes fils chez des médecins, chez des psychologues, mon fils aîné a eu plus d’un an de thérapie quand il avait 9 ans et que jamais, jamais, jamais aucun professionnel nous a dit ce qu’il pouvait s’être passé, ni même posé une question, jamais.

 

Je suis proche de victime aussi, c’est ma mère qui a été victime. Si je peux pardonner à son agresseur ? Comme je l’ai dit tout à l’heure non, même s’il est mort, j’y ai pensé plusieurs fois à me demander ce que je ferais s’il n’était pas mort, je pense que j’aurais envie de le tuer de mes propres mains et puis, après, je me suis dit « non, ce n’est pas comme ça qu’on pourrait régler les choses, c’est en le faisant condamner » et quand j’ai lu beaucoup de témoignages sur le site de l’association, j’ai vu qu’il y en avait beaucoup qui n’arrivaient pas à se faire reconnaître en tant que victime et du coup, je me suis dit « c’est pas non plus la solution », je me demande la solution, donc, tant mieux qu’il soit mort comme ça je n’ai pas à me la poser. A l’entourage passif, ça c’est très compliqué parce que ma grand-mère savait et n’a pas aidé ma mère et même quand ma mère l’a un peu appelée au secours elle n’a rien fait et moi, ça je ne le savais pas avant quelques années, donc, ma grand-mère je l’ai toujours connue comme étant une grand-mère aimante, adorable, qui fait des gâteaux, qui est super sympa, bref, une vraie grand-mère et quand j’ai appris ce qui est arrivé à ma mère, j’étais très en colère et quand j’ai appris qu’elle avait demandé de l’aide à ma grand-mère quand elle était petite et qu’elle n’avait rien fait, j’avais beaucoup de sentiments paradoxaux parce que d’un côté j’ai connu ma grand-mère aimante, adorable avec moi, voilà, une grand-mère parfaite et d’un autre côté, j’ai appris à connaître une grand-mère qui était très culpabilisatrice, vraiment manipulatrice, qui ne se remet jamais, jamais en question, qui pense toujours faire les choses comme il faut et ça, c’était très compliqué parce que du coup, on ne peut pas du tout parler avec elle et j’ai déjà essayé de discuter avec elle, ne serait-ce que pour savoir ce qui s’était passé, pourquoi elle n’avais rien fait, si elle a été victime elle aussi j’aurais peut-être plus compris pourquoi elle n’avait rien fait même si c’est assez inexcusable, à chaque fois je me suis heurtée à un mur et ça ne donne strictement rien, j’ai du mal à savoir où la caser, forcément elle a sa part de responsabilité dans ce qui s’est passé mais moi je l’ai connue adorable et en même temps je sais ce qu’elle a fait, je sais ce dont elle est capable et je sais aussi que ce n’est pas non plus un ange parce qu’elle peut être très culpabilisatrice et notamment la fois où j’ai voulu parler avec elle, j’ai pensé y être allée un peu fort et j’ai voulu m’excuser auprès d’elle après et elle m’a fait toute une scène, elle était au bord des larmes et elle me disait que je lui avais fait beaucoup de mal, que je lui avais fait beaucoup de peine et là, moi, j’ai craqué parce que j’avais l’impression que c’était moi qui faisais du mal alors que c’était elle qui avait fait du mal à ma mère. Je ne comprenais pas qu’elle puisse retourner la situation comme ça, donc, en ce moment ce qui prédomine c’est la colère vis-à-vis de ça. Savoir si je peux la pardonner ou pas... pour le moment je ne pense pas parce que je suis très en colère. Si un jour elle arrive à parler, juste à discuter de ce qui s’est passé, de ce qu’elle a vécu peut-être, là, éventuellement je pourrais peut-être arriver à pardonner, du moins à comprendre mieux les choses qui se sont passées à ce moment là.

 

Pardonner, avant qu’il recommence, je l’avais un petit peu fait donc en acceptant de rester dans la même pièce que lui avec du temps bien sûr, maintenant qu’il a recommencé et que j’ai appris son passé aussi, qu’il avait violé d’autres enfants avant, qu’à sa sortie de prison il avait violé son petit fils c’est un peu plus difficile. L’entourage, c’est sûr, j’ai un petit peu de mal avec ma mère qui connaissait son passé, qui savait qu’il avait été en prison, qui savait pourquoi il avait été en prison et qui trouve le moyen de me dire « mais je croyais que ce n’étaient QUE des attouchements... que ce n’était pas grand-chose...» et qui me laissait seule avec lui sans se poser de question. Moi, me pardonner à moi-même, j’étais petite, trop petite, je ne pouvais pas vraiment me défendre. Mon agresseur il y a une chose que de toute façon je ne pourrais jamais lui pardonner c’est qu’il ai impliqué la mémoire de mon père qui était déjà décédé quand il a commencé, pour me faire accepter ses gestes il me disait que c’était mon père qui le voulait, qu’il était d’accord et ça, qu’il est osé salir la mémoire de mon père je ne peux pas.

 

Pardonner à mon agresseur comme je le disais ce serait accepter donc non. Pardonner à un entourage parfois complice et passif... une petite anecdote : quand j’avais 14 ans, je m’étais violemment disputée avec ma mère et je lui avais balancé que ce qui s’était passé, parce que ça ne se passait plus, les actes précis et je lui avais dit « l’autre, c’est normal quand il fait ça !?... » Et je suis montée dans ma chambre et elle n’a pas cherché, elle n’a pas cherché à venir m’interroger, elle n’a pas cherché à savoir qui c’était donc, moi, je lui en veux pour ça. Elle m’accompagne sans m’accompagner. Je suis sortie du déni, j’ai fait une très grosse dépression avec tentative de suicide, elle était là à ce moment là, maintenant, pour elle je vais bien, donc, pour elle je suis passée à autre chose, j’ai tourné la page alors que pas du tout. On n’en parle plus du tout. Mon père je l’ai carrément rayé de ma vie, ce n’est même plus mon père, lui, a tout fait pour que je ne porte pas plainte, il a été jusqu’à me menacer de se suicider si je le faisais, donc, lui aussi, je sais que je ne lui pardonnerais jamais, je ne peux pas accepter son comportement, il aurait dû être à mes côtés, m’accompagner au lieu d’essayer de me faire changer d’avis. A moi-même adulte, me pardonner oui, à la petite fille que j’étais, il n’y a pas si longtemps que ça oui, j’ai du lui pardonner et encore c’est un peu difficile parce que quand je suis sortie du déni, les images que j’avais... je n’avais pas le sentiment d’être contrainte à passer à l’acte, j’avais l’impression que c’était un jeu, une marque d’affection, je n’y allais pas par contre, je ne montais pas les marches pour aller dans sa chambre par contrainte, alors ça m’a été super difficile à l’âge adulte d’accepter ça parce que tout ce que tout le monde disait « c’est toi qui l’a cherché », oui, peut-être... et non, j’ai compris que j’étais enfant et que c’était à lui de ne pas me faire faire ces choses là. Ce qui m’aide à avancer aujourd’hui c’est l’association, franchement oui, c’est l’association et mes proches : mes enfants, mon mari et vraiment j’arrive à entreprendre beaucoup de choses depuis que je suis au sein de l’association et j’ai réussi justement à me pardonner entre guillemets, à pardonner à cette petite fille, j’ai vraiment travailler là-dessus et également le suivi psy qui m’aide aussi beaucoup.

 
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