Prendre soin de soi & de son corps

Je n’aime pas ce thème. Je me demande si c’est moi qui fait subir à mon corps ou si c’est lui qui me fait subir. Je ne parle même pas de boulimie, ce n’est certainement pas de l’anorexie, ce n’est pas de la boulimie non plus, c’est un besoin de se combler, de combler un manque éternel... quand ? Depuis toujours, de toute façon, il faut matérialiser la souffrance donc le mieux c’est de le faire comme ça...

 

Je n’ai pas d’anorexie ni de boulimie, d’automutilations non plus, j’aurais eu envie mais je n’ai pas su faire. J’avais essayé de me couper les veines mais ça n’a pas marché, je ne sais pas comment il faut faire. Je me souviens que par contre ce que je faisais, sans m’en rendre compte, c’était de me faire des bleus, je me cognais tout le temps mais je n’en avais pas conscience, je me disais parfois « c’est bizarre, j’ai la sensation de ne pas connaître mon envergure » et c’est en allant faire des massages, la dame m’a dit « mais pourquoi vous avez des bleus ? », je lui ai dit « ben oui, je me cogne ! » En fait, je pense que je le faisais pour sentir mon corps parce que je ne le sentais pas, c’était ça... j’y fais attention maintenant. J’ai de l’eczéma et j’ai des crevasses aux mains et je sais pourquoi, c’est parce que je bois du lait, il ne faut pas que j’en boive et j’avais dit à ma psy, c’est bizarre parce qu’elle me fait travailler sur mon corps, et je lui disait « c’est bizarre parce que je ne prends plus de lait, je n’ai plus d’eczéma mais en même temps ça me manque », pourtant ça fait mal les crevasses au bout du pouce et au niveau des pieds, ça fait mal mais je me disais « oui mais après, je n’aurais plus rien à m’occuper », je devrais peut-être essayer de m’occuper d’autre chose par rapport à mon corps. Mais je suis restée longtemps à me dire, même encore, « mais je ne sais pas ce que c’est mon corps », elle, elle me dit toujours qu’elle est à l’écoute de son corps, moi, je ne sais pas ce que c’est, je n’y fait pas attention, si, je me regarde dans la glace, mais je ne veux pas me maquiller, ça ne me plait pas, les rares fois où je l’ai fait, je ne m’aimais pas comme ça, je n’en prend pas soin dans le sens d’y faire attention, de m’embellir, de faire attention à ne pas trop manger pour ne pas être trop grosse, j’ai des périodes comme ça où je me dis « je m’en fout, si ça me plait de manger après tout, pourquoi pas ? Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne drague pas, je peux me faire du bien ! » Mais, maintenant, je commence à penser que j’ai un corps et qu’il faut que j’y fasse attention, alors, je commence à me regarder les ongles, à me les limer, ça vient tout doucement, c’est long mais ça vient mais il faut du temps aussi à ça et ce n’est pas facile. J’ai l’impression que je suis plus dans ma t^te que dans mon corps.

 

Je n’ai pas fait d’anorexie, je n’ai pas fait de boulimie, ni d’automutilations mais quand même, je me dis que les tentatives de suicide c’est quand même maltraiter son corps aussi. Quand j’étais jeune, j’avais tendance à avoir de l’embonpoint, j’avais donc honte de mon corps, je mangeais bien, il faut dire et je portais des vêtements très larges pour qu’on ne voie pas mon ventre, mes fesses, mes cuisses. Après, ça a été l’inverse. J’ai d’abord fait un régime mais c’est curieux parce que pendant de nombreuses années, j’étais très, très mince mais je me trouvais très, très grosse. Quand je vois maintenant avec le recul les photos à l’âge où j’étais très, très fine je me dis c’est infernal d’avoir porté un regard comme ça et à l’époque je me trouvais laide, moche. C’est phénoménal quand même, ça parle bien de comment on se regarde, le regard que l’on a sur soi c’est bien la conséquence de quelque chose. Je suis plutôt ensuite tombée dans l’excès inverse, surveillance de mon poids, extrême vigilance, il fallait que je sois IM-PE-CA-BLE, tirée à 4 épingles. A part ça, j’étais plutôt dépressive. Je n’ai pas attaqué mon corps, j’en ai pris soin, des massages, des régimes, c’est désagréable parce que je suis un peu prisonnière de ça aussi de mon image.

 

Pendant de longues années, je n’ai pas pris soin de mon corps au point que j’ai attendu longtemps pour me faire opérer et quand ils ont ouvert, c’était tout noir... pour le reste, je ne m’occupe pas de mon corps du tout, un peu de crème sur le visage, pas de régime, de sport, ni rien de spécial... j’avais honte de mon corps, je ne voulais même pas me montrer pied nu, montrer mes jambes, les bras c’était difficile, j’avais trop honte de mon corps, je ne voulais pas le sortir, je voulais l’ignorer. Avant, j’avais de la chance, je mangeais mais je ne grossissais pas. En Norvège je me faisais du pain suédois avec des pommes de terre, c’est mon plat préféré et je mangeais ça en bouquinant toute la nuit.

 

Mon corps, je ne l’aime pas. L’année dernière, je pensais que je m’étais réconciliée avec mon corps, c’est très bizarre... depuis bébé, je souffre d’anorexie et de boulimie, c’est un coup l’un, un coup l’autre, bébé j’ai été hospitalisée pour anorexie, je suis déjà passée de 40 kg à 80 kg, je ne mange plus après je mange trop... anorexie parce que des fois, je veux disparaître, j’ai envie de mourir, j’ai envie de rien ; boulimie la nuit parfois par solitude, par manque affectif, par envie de remplir ce qui est vide, et puis un jour je me réveille et pouf ! j’ai pris 20 kg ! L’automutilation, oui, quand j’étais adolescente, beaucoup, maintenant, je ne sais pas si c’est de l’automutilation ce que je continue de faire, je m’écorche beaucoup les jambes donc je ne montre pas mes jambes parce qu’elles sont toutes abîmées, je me gratte en permanence, je ne peux pas m’en empêcher. Le pire, je pense, que j’ai pu faire vivre à mon corps c’est quand j’étais dans l’addiction sexuelle. J’avais l’impression, moi, de faire du mal aux autres alors qu’en fait, je m’en faisais plus à moi-même et c’était vraiment un total irrespect pour mon corps, j’en ai pris conscience après, c’est ce qui m’a aidé ensuite à arrêter. Je fais souffrir mon corps dans les périodes où ça ne va pas, les périodes où je suis en colère et où je n’arrive pas à extérioriser cette colère, où je n’arrive pas à exprimer mes émotions, mes sentiments, il faut que ça sorte autrement et c’est comme ça que ça sort. Parfois, plutôt que d’agresser les gens, c’est moi que j’agresse, ça passe par tout ça.

 

J’ai toujours été ronde, depuis toute petite. Par contre, quand je suis sortie du déni, j’ai fait de l’anorexie, j’ai perdu plus de 30 KG, je ne mangeais plus, je voulais disparaître, j’avais tellement honte de moi, de ce corps, de ce que ça représentait, j’ai trouvé ce moyen là pour lui faire du mal, depuis, j’ai tout repris parce que ça va un petit peu mieux. J’ai des tendances à faire de la boulimie quand je ne suis pas bien, que je me sens seule, pour combler un vide je mange, de l’automutilations, je n’en ai jamais fait.

 

Avec mon corps, il y a toujours ce désir d’appartenance et j’ai toujours l’impression que ce corps ne m’appartient pas depuis le moment où il y a eu inceste. Tout petit, j’ai le souvenir de boire mon pipi, d’avoir une relation avec tout ce qui sort de moi très particulière : le caca, le pipi, je ne sais pas...c’est peut-être lié au sexe de mon agresseur, au sperme, je ne sais pas, j’ai essayé de comprendre ce qui sortait, de définir le pourquoi du comment. En fait, j’ai toujours essayé de m’approprier mon corps, je ne le trouvais pas méchant mais plutôt comme une seconde nature, plus quelque chose de différent, un peu comme dans le dessin animé « Le roi et l’oiseau », je ne sais pas si vous connaissez ? Un peu comme un schizophrène, quelqu’un pilote sauf que ce n’est pas moi, l’impression d’avoir une perte de contrôle. Et il y a eu les tentatives de suicide par pendaison, le câble électrique du lampadaire, j’avais fait un noeud mais il n’a pas tenu, les médicaments, il y a eu une fois où je me suis évanoui mais je ne sais plus...automutilations aussi... SM un petit peu aussi, être frappé, frapper, se frapper, la prostitution. Depuis que je suis sorti du déni, j’essaie de rééquilibrer tout ça, j’essaie de comprendre comment je fonctionne. Par rapport à l’alimentation, il y a eu un moment où j’étais très maigre et un moment où j’étais très gros puisque je pesais plus de 90 kg, pour ma taille c’était gros, et il y a eu un moment où j’étais très musclé, enfin, je suis passé par tous les stades et aujourd’hui, je trouve que la machine est assez fantastique parce qu’elle permet de se rétablir à peu près normalement.

 
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