Est-ce que l’abus de confiance qu’est l’inceste m’a empêchée de faire la différence entre le bien et le mal ? Non, parce qu’en fait, je savais que c’était mal ce que faisait mon père étant donné que je vivais chez ma mère et chez lui juste le week-end, je voyais une vie normale et une vie pas normale, donc, ça ne m’a pas empêchée de faire la différence. Est-ce que j’ai été dans l’incapacité de me protéger ? Oui. De plusieurs manières, la première c’est que je n’ai pas été capable d’en parler à ma mère parce que mon père m’a mis dans la tête que ma mère ne m’aimait pas et qu’elle ne s’intéressait pas à moi, en fait, ce que j’ai fait pour pallier à ce manque d’amour c’est d’être parfaite, première de la classe…alors ma mère s’est dit « oh ! Super, ma fille elle est géniale ! » alors qu’en fait, ça cachait quelque chose. Ensuite, dans mon enfance, j’ai essayé de me protéger en invitant des copines à dormir avec moi chez mon père le week-end et la conséquence c’est qu e mon père s’en prenait à mes amies et je le savais. Je ne me suis pas protégée puisque ça me culpabilise encore énormément. Dans mon adolescence, la différence entre le bien et le mal, je l’ai toujours faite, il n’y a pas eu de problème… quand j’étais en primaire et que je subissais l’inceste, j’avais choisi une jeune fille qui était faible et c’était mon bouc émissaire, je la torturais un peu, je ne lui faisais pas d’abus sexuel ou des choses comme ça mais j’étais méchante avec elle et c’était ma façon d’extérioriser toute l’agressivité que j’avais et je savais que c’était mal mais c’est vrai que du coup, ça ressort aujourd’hui et je culpabilise beaucoup là-dessus. Et dans ma vie d’adulte, l’inceste que j’ai subit fait que je ne peux pas contester l’autorité, tout ce qui est mal je ne le fait pas, même si ça me nuit, je veux toujours faire le maximum pour aider les autres, pour faire le maximum de bien et ne pas m’occuper forcément de moi, du coup, tout ce que je fait de mal c’est envers moi-même.
J’ai toujours fait la différence entre le bien et le mal si ce n’est que c’était assez confus petite parce que l’inceste a commencé lorsque j’avais cinq ans, je n'ai pas trop compris ce qui m’arrivait mais je savais que ce n’était pas bien parce que je ne me sentais pas bien, ça me faisait peur, etc.…Le souci c’est que comme mon père a surpris mon agresseur la première fois que ça a eu lieu et que il ne m’a pas protégée : il a fait de mon agresseur mon baby-sitter pendant des années, je ne savais pas si c’était vraiment mal ou si c’était normal, c’était un peu ambigu par rapport à ça et du coup je n’ai rien dit comme je savais que lui était au courant et qu’il ne me protégeait pas…je me disais que c’était peut-être comme ça dans toute les familles même si moi, je ne me sentais pas bien. Après, à l’adolescence, je me suis vraiment rendue compte à douze ans, en rentrant au collège, que ce n’était pas normal parce que quand je parlais avec mes copines, elles ne me racontaient pas ce genre de chose, elles me parlaient de leur famille et j’ai commencé à me rendre compte qu’il y avait un souci, c’est là, que j’ai mis fin à l’inceste, que j’ai repoussé et menacé mon agresseur et je pense que le plus gros problème après, c’est dans ma vie d’adulte, c'est-à-dire que j’ai l’impression que les répercussions sont plus grandes dans ma vie d’adulte, maintenant, parce que je fait la différence entre le bien et le mal mais j’ai du mal à faire la différence entre les gens qui sont bons pour moi et les gens qui sont nuisibles pour moi, j’apprend à le faire petit à petit mais je me suis fait beaucoup avoir comme ça surtout dans le monde du travail parce que je fait confiance…dès que j’ai un homme qui est un peu paternel, qui arrive à me mettre en confiance, je fait très vite confiance et je suis toujours déçue parce que ce ne sont pas des gens de confiance, au bout d’un moment, ils me proposent de coucher avec ou des trucs comme ça et à chaque fois ça part en cacahouète. J’ai du mal encore par rapport à ça, je m’améliore,j’ai fait des progrès par rapport à il y a un an et à force de se faire avoir on apprend aussi à se protéger et puis, dans ma vie d’adulte, j’ai eu beaucoup de difficultés à dire simplement « non », quand on me proposait des choses, quand on me donnait du travail en plus, quand on était injuste avec moi, j’avais du mal à me défendre ou à dire « non » ou si j’arrivais à dire « non » je culpabilisais énormément, le résultat c’est qu’aujourd’hui, pour le moment je ne travaille plus, j’avais besoin de me soigner, parce que j’ai décidé que pour le moment c’était la meilleure façon de me protéger et puis, j’apprend, que ce soit en amitié, en amour, etc.… à différencier les gens biens des gens pas biens.
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