Peurs, angoisses et phobies

Pourquoi des groupes de parole autogérés ?

L’inceste et la pédocriminalité génèrent un grand nombre d’idées reçues dans la population, y compris chez les victimes qui peuvent  mettre des années parfois avant de réaliser les choses. Pour le grand public, l’inceste est entouré de mythes, car il est méconnu et peu étudié. C’est un tabou, et par définition, on n’en parle pas. Ce silence et cette ignorance profitent aux agresseurs qui agressent sexuellement des enfants, la plupart du temps en toute impunité. Les victimes elles-mêmes, peu informées, sont désemparées et extrêmement isolées face à ce fléau de santé publique. Elles ne comprennent pas ce qui leur arrive, se sentent coupables, honteuses et en souffrent des années durant dans la plus grande solitude.

Sur un thème prédéfini, une quinzaine de survivants de l’inceste ou de proches de survivants sont réunis par l’association. Le groupe va traiter chaque thème en répondant à des questions précises inscrites sur un tableau.
Chaque personne s’exprime pendant un temps limité, de 3 à 5 minutes. Cet exercice est particulièrement difficile, car il faut, en un laps de temps très court, réunir et exprimer le plus d’informations possible pour répondre aux questions.
Les interventions se déroulent en deux parties de une heure chacune. Les partages sont enregistrés sur un magnétophone numérique. Ils sont retranscrits plus tard mot à mot, et servent de base pour rédiger des livrets d’information ou des livres.
Bien entendu, tous ces témoignages sont anonymes, les prénoms étant changés s’il y a lieu. Les rédacteurs participent au groupe de parole et témoignent eux-mêmes. Ils sont ainsi au coeur du sujet.
Leur travail consiste à lire et analyser les témoignages afin de structurer l’information en fonction du thème traité. Toutefois, la trame et la rédaction du livre doivent toujours répondre à trois objectifs : être concret, illustrer les constatations par des exemples vécus, rédiger dans un style simple. Le livre est conçu comme un outil qui doit être utile et gratuit. L’esprit est de constater le vécu des victimes et de leurs proches en s’abstenant de théoriser. Une fois rédigé, le livre est soumis à un comité de lecture composé de survivants, de proches de survivants, de professionnels et de personnes du grand public.

Vous trouverez sur ce site quelques passages de nos groupes de parole, puissent-ils vous permettre de mieux comprendre les conséquences des violences sexuelles sur les enfants.

Les peurs, angoisses et phobies j’en ai beaucoup depuis environ mes 20 ans. Ça a commencé d’abord par la peur de prendre le bus donc je partais travailler à vélo. Après, j’étais gênée pour passer dans les tunnels, même en Norvège j’avais peur quand il fallait traverser un tunnel, j’avais peur aussi de prendre l’avion, j’avais peur d’aller travailler. J’ai peur de la foule. J’avais peur partout à la fin. Et donc, ça remonte à quelques années après l’inceste, j’ai été victime d’inceste à partir de 13 ans jusqu’à je ne sais pas quel âge, c’est peut-être 3 ou 4 ans après que ça a commencé, pour moi, c’est lié parce que c’est comme une façon de ne pas faire confiance à soi-même et à l’autre. Pour moi les angoisses, les peurs, les phobies ça se mélange en une chose : j’ai peur ! J’ai des crises d’angoisse, j’ai peur. J’en ai encore, j’ai pris pas mal d’antidépresseurs, de médicaments pour calmer tout ça et il y a 6 ans j’ai recommencé à faire des violentes crises d’angoisse, vraiment d’énormes crises d’angoisse qui venaient comme ça alors que je ne faisais rien de spécial et j’ai dû reprendre un traitement et j’ai pris 20 kilos et quelques mais ça me permet d’aller travailler, de sortir de chez moi, de ne pas avoir d’angoisses.

J’ai plein de choses qui me reviennent en souvenir. Première chose : j’avais à peu près 7 ou 8 ans quand mon beau-père a commencé à abuser de ma sœur qui était plus âgée que moi et on dormait dans la même chambre dans des lits superposés, moi j’étais en haut et elle était en bas et je me rappelle j’ai vu le visage de papa, je l’appelais « papa » devant moi, comme ça dans le noir et j’ai eu très, très peur et est ce que j’entendais autre chose que je ne me rappelais pas ? A partir de ce moment là je dormais avec mon cartable sous l’oreiller pour être bien, pour être presque assise quand je dormais pour rester sur mes gardes tellement j’avais peur. J’ai des angoisses aussi dans la voiture quand on voyage, surtout pour les départs en vacances et je remercie la personne qui a inventé Lexomil parce que j’en ai pris pas mal pour faire ce voyage où on était partis à 4 dans une voiture, j’étais assise à l’arrière et quand je ne gère pas les choses je panique totalement, donc, j’ai du prendre des calmants tous les jours pendant une semaine pour pouvoir passer de bonnes vacances tranquillement sans que je me jette par la portière ou que je commence à crier. Je me rappelle aussi un jour, ma fille aînée avait à peu près 2 ans ½  ou 3 ans, à l’école un copain lui avait mis du sable dans sa culotte, elle était en robe, elle m’a raconté ça quand elle est rentrée à la maison et je suis devenue folle furieuse, je l’ai giflée à plusieurs reprises, je ne me contrôlais plus et c’était comme si c’était sa faute, ça m’a fait remonter des choses très douloureuses, j’en ai reparlé il n’y a pas longtemps, c’était un moment terrible parce que je croyais que j’allais la tuer tellement j’étais folle d’angoisse et de peur et je n’ai jamais osé lui en reparler, je ne sais pas si elle s’en rappelle parce qu’elle était encore petite mais ça m’avait fait une angoisse insupportable. J’ai aussi peur de partir loin de chez moi, loin de ma voiture, loin de mon lieu de travail il faut que tout soit bien sécurisé près de chez moi parce que sinon je me sens perdue et en panique. Je me rappelle une fois on avait été visité un château avec des amis et on avait fait à peine 400 mètres, il a fallu que je fasse demi-tour, je ne pouvais pas faire cette promenade avec eux loin de chez moi.

Les conséquences de ces peurs c’est que je ne peux pas vivre ma vie comme j’aimerais la vivre, j’ai une très bonne amie à moi qui est très souvent expatriée à l’étranger, elle est allemande, il y a quelques temps ils étaient en Turquie, j’y serais bien allée mais pour prendre l’avion... il n’y a pas moyen pour moi de combattre cette peur, là elle est partie en Chine et c’est le même problème je ne peux pas la suivre, je ne peux pas partir en avion. En train, je suis arrivée à faire un voyage avec mon mari mais ça me gâche la vie, j’aimerais aller sur Paris visiter les musées ou la ville ou les quartiers mais j’ai trop peur d’être bloquée dans la circulation, d’être coincée dans un embouteillage, d’être dans une file d’attente, être stressée par le monde qui m’entoure. J’organise ma vie en fonction de mes peurs ce qui limite pas mal les choses. Pour dépasser ça, je fais comme je peux, je prends des médicaments déjà pour ne pas être dépressive, pour ne pas faire des crises d’angoisse, j’essaie petit à petit d’avancer, de conforter mes angoisses pour dire qu’il n’y a pas de danger, c’est comme si j’avais peur que quelque chose se passe si je reste bloquée quelque part et que je ne pourrais pas revenir dans un lieu sécurisé, ça va être quelque chose de trop terrible donc il ne vaut mieux pas que j’y aille, c’est comme si la fin du monde dépendait de mes sorties personnelles, c’est terrible, ce n’est pas facile de dépasser, j’y vais petit à petit, je continue ma thérapie avec mon psychiatre et j’espère que ça va se débloquer petit à petit mais pour le moment je suis assez limitée.

Peur, angoisse ou phobie, quelle est la différence entre ça ? Depuis toute petite j’ai peur du noir, c’est une peur qui n’est pas forcément liée à l’inceste mais qui est liée à ma naissance, je suis née... j’étais attendue mais pas voulue. Ma mère ne s’est pas occupée de moi, mon père non plus, j’ai rapidement été mise à la DASS et je me souviens de la peur qu’on me faisait « si vous n’êtes pas sage, vous allez derrière cette porte ! » et derrière cette porte il y avait du bruit, je n’ai jamais compris pourquoi il y avait du bruit, j’ai toujours eu peur du noir et bon, actuellement je ne peux pas dire que j’ai peur du noir parce qu’il faut quand même être réaliste à presque 60 ans ce serait scandaleux mais je ne suis pas rassurée. Lorsque j’étais infirmière libérale, il m’arrivait souvent de sortir la nuit pour le boulot et c’est vrai que j’avais l’objectif d’aller dans un endroit bien précis, c’était dans le cadre de mon boulot et à ce moment là je fonçais, je ne pensais à rien. Par contre, au retour, je me disais toujours « tu es allée dans un endroit il aurait pu t’arriver ceci ou cela », j’avais peur au retour, j’avais un sentiment d’utilité que j’avais à l’aller mais que je n’avais plus au retour. Phobie des serpents oui... parce que c’est froid, il n’y a pas de courant qui passe, dans la nature on les entend sans les voir. Et j’ai des angoisses pas de vie mais des angoisses de mort, c’est des crises d’angoisse qui me prenne à n’importe quel moment, n’importe quand, à la limite je fait plus facilement une crise d’angoisse pour me prouver à moi-même que je suis en vie et qu’il faut que j’avance. J’ai l’impression que ce sont des angoisses de vie en fait, il faut que j’ai une crise d’angoisse pour me prouver que j’existe et qu’il faut que j’avance mais ces angoisses là je les lie vraiment à ce que j’ai subi.

Je ne sais pas si c’est de la phobie ou quoi mais je ne supporte pas les volets fermés, je ne peux pas dormir les volets fermés, ça va que chez moi maintenant il n’y a pas de volet donc c’est génial mais je me rappelle lorsque j’étais mariée avec mon dernier époux, lui se levait le matin et moi je me couchais puisque je travaillais la nuit et la première chose que je faisais c’est que j’ouvrais en grand la fenêtre et les stores et chaque fois c’était la bagarre parce que je ne peux pas dormir les volets fermés, ce n’est pas possible, je suis claustrophobe, c’est clair, je prend l’ascenseur parce que je me dit qu’il vaut mieux que je reste coincée dans un ascenseur plutôt que je me pète quelque chose dans un escalier, disons que c’est mon état de santé qui m’oblige à prendre à l’ascenseur mais je ne suis pas rassurée, dès que l’ascenseur fait une secousse ou autre. Peur aussi de ne pas y arriver, peur d’emmerder les gens, peur d’être en avant, ça c’est surtout lié à mon physique parce que je sais que bon mon physique prend beaucoup de place et même si je ne veux pas être vue, je suis automatiquement vue.

 

Les angoisses... pas plus tard que ce matin, ce qui explique que je me suis perdue tout à l’heure alors que je connais la route... Quand j’étais petite, je ne me souviens pas vraiment d’avoir eu des peurs... des peurs oui ! Des angoisses non ! Je sais que j’avais peur de sortir quand ma mère m’envoyait faire une course par exemple le soir, l’hiver, pas loin, même jusque chez le boulanger, ne serait-ce que si j’entendais quelqu’un marcher derrière moi, je me retournais tout le temps, j’avais tout le temps peur d’être attaquée. D’ailleurs ce n’est pas si vieux encore chez moi, dans la résidence où j’habite, j’ai un parking sous terrain, alors que c’est quand même une petite résidence tranquille, je suis au 4ème s/sol et pendant 2 ou 3 ans je n’ai pas mis la voiture, je la mettais dehors parce que j’avais peur dès que j’entendais du bruit, ça c’est fini, c’est bon, mais j’en ai des nouvelles. Celle que j’ai actuellement je dirais que ce n’est même plus une angoisse, c’est une phobie : partir, partir de chez moi, pas aller au boulot, c’est partir en vacances. Là, j’ai des vacances et je suis sûre que c’est pour ça, je dois partir la semaine prochaine en vacances une semaine dans le sud avec mon copain. Ce matin, on a pris les réservations, je ne sais pas... par contre, je commence un peu à cerner le problème mais... et ça surgit maintenant, après tout ce travail sur moi, que ça surgisse maintenant c’est assez étonnant. C’est comme si derrière le fait de partir il y avait un grand danger. Je sais que lorsque j’étais petite mes parents m’avaient confiée à ma grand-mère qui est en Auvergne et mon grand-père donc partir... mais c’est horrible, ce matin, rien qu’à l’idée de partir c’était comme si j’allais vers un truc... une idée de mort derrière. Avant je n’avais pas ça, je pouvais prendre ma voiture et partir n’importe où dans Paris, même si je ne connaissais pas parce que je n’ai pas du tout le sens de l’orientation, si je me perdais je finissais bien par me retrouver, tandis que maintenant je ne prend plus la voiture sur Paris, vraiment c’est rarissime ou alors je connais parfaitement le chemin. Je n’aime pas aller seule dans des endroits où je ne connais pas surtout en voiture. Ça me créé quand même des angoisses de mort ça depuis quelques temps... mais ça, c’est depuis que je suis grand-mère, j’ai remarqué ça. Ça a du me réveiller des trucs parce que le bébé, quand je regarde mon petit-fils, ça doit me renvoyer quelque chose quand j’étais petite, toute petite avec mes grands-parents et je pense qu’il y a un truc là, il y a un lien avec mon histoire c’est clair.

On parlait de voiture tout à l’heure, moi, c’est l’inverse, malgré que l’on ai les mêmes problématiques on n’a pas forcément les mêmes conséquences parce qu’en fait moi la voiture pour moi c’est ce qui me permet de me sauver dans les deux sens du terme parce qu’il y a quelques temps deux ou trois fois il m’est arrivé, pas des grosses pannes, mais de ne pas pouvoir démarrer le matin et là, quand je suis dans ma voiture et que je ne peux pas démarrer alors là, ce n’est même plus la peur c’est la crise de panique, je crois que je vais mourir sur place, que je suis coincée, bloquée et « qu’est ce que je vais devenir ? » je ne supporte pas d’être coincée. Alors après ça peut être coincée là parce que je n’ai plus de voiture, il faut que je me sauve... si j’ai besoin je n’ai plus de voiture ! Pour moi, la voiture c’est l’ustensile qui me permet de me sauver, je ne peux pas imaginer d’être sans voiture. Quand je me suis mariée, je me suis mariée à 19 ans ½, mon mari faisait des déplacements et j’avais peur de dormir seule à l’époque, donc, quand il partait j’appelais une copine, une cousine, enfin, j’avais toujours quelqu’un dans mon lit parce que je ne pouvais pas dormir toute seule. Ce côté sécurité c’est très fort chez moi, d’ailleurs j’ai épousé un gendarme, j’ai vécu tout le temps en caserne, ça c’était horrible et j’ai divorcé, c’est quand même moi qui suis partie, je me suis installée toute seule mais je me rend compte que j’ai des espèces d’habitudes, j’ai du mal à sortir de mes habitudes. Partir de chez moi je me rend compte que c’est une difficulté, j’ai une grosse difficulté, j’ai des angoisses, c’est chez moi, c’est mon environnement, c’est ma région, mes copines... mon boulot c’est à Paris mais ça va. Là, partir, c’est la première fois que je pars avec mon copain, c’est pareil, ça fait longtemps que je suis avec lui, je n’ai pas pu partir en vacances avec lui une seule fois et là, ça y est... en fait, quand j’étais mariée, j’étais habituée à la famille, les enfants, là les enfants ils sont loin mais... mon mari, mes locations au même endroit enfin un cadre où j’avais l’habitude d’aller, j’ai voyagé pourtant, je ne sais pas comment j’ai fait, avec le recul maintenant je me demande comment j’ai fait, c’est vrai, mais j’avais toujours un cadre de copines ou en famille et maintenant que je suis divorcée, que je suis seule, bon, en partie avec mon copain voilà... ça me sort de mon cadre habituel, là je vais partir avec lui dans le midi et encore je suis contente, j’ai une épine d’enlevée, on a réservé parce que toutes ces périodes d’avant c’était horrible, on a réservé ce matin, j’ai enlevé ma petite épine.

 

J’ai eu une grande angoisse qui m’a travaillé pendant de nombreuses années jusqu’au début de cette année, c’est le fait d’être enceinte et de tomber enceinte. J’ai subi 2 avortements. J’ai été violée par mon père, j’ai subi 2 viols quand j’avais 14 ans et 18 ans, j’ai toujours eu peur de tomber enceinte à chaque fois, ça a toujours été une de mes angoisses énormes. Je me disais « si je tombe enceinte, ça va être une catastrophe, si je tombe enceinte je me tue ! » C’était pour moi une malédiction de tomber enceinte, même si ma mère m’avait toujours dit que c’était pour elle la plus belle chose qui existait d’avoir des enfants, moi, je ne pouvais pas concevoir de tomber enceinte, je me suis dit « si j’ai un enfant, je vais le maltraiter, je vais être violente avec lui, je vais lui faire du mal, je ne veux pas du tout lui faire ce que moi j’ai subi mais je vais lui faire du mal, je vais être méchante, je vais lui mettre des claques, je vais le taper » je sais ce dont je peux être capable avec un être adulte donc avec un enfant, ça pourrait être exactement la même chose. Lorsque j’avais des rapports avec mes compagnons, j’avais peur à chaque fois de tomber enceinte malgré la pilule, j’avais toujours peur de tomber enceinte si je n’avais pas mes règles au bon moment pile, il fallait que je fasse un test, il fallait que je fasse une prise de sang parce que j’avais peur de tomber enceinte, j’avais une seule angoisse c’est ça, je me dit c’est pas possible ! Déjà 2 avortement alors que la 2ème fois je suis tombée enceinte sous pilule, je l’ai très, très mal vécu. J’ai donc choisi l’hiver dernier de faire la méthode Essure pour me faire stériliser et malgré ça, en début d’année, à un moment donné je n’ai pas eu mes règles et j’ai eu une seule angoisse c’est d’être enceinte ! je me suis dit « si je n’ai pas mes règles, je vais être enceinte ! » et là, je me suis tapé une crise d’angoisse mais monumentale, je me suis mise à pleurer, je me suis dit « mais si je suis enceinte c’est une catastrophe, je me tire une balle, je ne veux pas me faire avorter, si je suis enceinte je le donne, je le jette, je ne sais pas ce que j’en fait, je le donne à des gens, je n’en veux pas » Je peux concevoir qu’il y ai plein de femmes qui veulent des enfants mais pour moi c’est inconcevable d’avoir quelque chose qui vit en moi, ce n’est pas possible, ça me fait trop peur. Maintenant, je suis rassurée parce que j’ai fait cette intervention mais rien que d’en parler je tremble parce que pour moi c’est une peur qui est ... et pourtant je ne savais pas de quoi parler en venant aujourd’hui...c’est une peur qui était atroce et quand j’en ai parlé à mon compagnon actuel qui me bouffait la vie parce que tous les jours j’y pensais, j’en parle à ma psy à chaque fois. Aujourd’hui, je suis soulagée, grâce à une autre bénévole j’ai découvert la méthode Essure pour pouvoir me faire stériliser et c’est vrai que c’est un grand soulagement. Je ne serais pas enceinte, je n’aurais pas d’enfant, même si j’en fais des cauchemars encore parfois, je suis soulagée de ça, de cette angoisse là, c’est même plus qu’une angoisse, c’est un traumatisme pour moi, c’est un traumatisme d’être enceinte.

Pendant très longtemps j’ai eu la phobie que quelqu’un rentre chez moi et ça j’ai réussi à le traiter par les médicaments. Ça a toujours été une peur depuis que je suis toute jeune, depuis que j’ai commencé à habiter toute seule en fait à l’âge de 17 ans et je verrouillais ma porte, je l’ouvrais, je la refermais, je l’ouvrais, je la refermais et ce qui fait que ça s’est transformé malheureusement en TOC par la suite, en TOC qui s’est transformé sur d’autres choses dans d’autres univers dans ma vie au quotidien mais j’ai toujours eu peur que quelqu’un rentre chez moi, m’agresse, il fallait que j’ai à chaque fois un judas à mon appartement parce que j’ai toujours eu peur que quelqu’un rentre dans mon appartement e je me suis dit même quand je vivais chez mes parents, je me suis dit « si quelqu’un rentre chez mes parents, il faut que la personne m’agresse moi et pas mes parents, pas ma sœur, pas mes frères, moi j’ai déjà vécu quelque chose d’horrible donc je peux endurer encore quelque chose de mal mais pas ma famille » et j’ai toujours eu la phobie d’être encore agressée par quelqu’un de l’extérieur, en plus, j’ai failli être cambriolée par quelqu’un quand j’habitais seule alors que j’étais dans mon appartement et là, c’était une angoisse... j’ai failli faire sur moi et j’étais complètement traumatisée, j’avais eu mon frère à l’époque au téléphone, je m’entendais encore avec ma famille, et je lui disais « il y a quelqu’un qui essaie d’ouvrir avec quelque chose mon appartement, je ne sais pas quoi faire... » Je n’ai pas eu le réflexe d’appeler la police, j’ai appelé mon frère qui habitait dans le sud à l’époque et moi j’habitais à Paris et ça ça a toujours été une phobie que quelqu’un rentre dans mon appartement pour m’agresser, pour me faire du mal, maintenant heureusement je n’ai plus peur de ça, je me dit que j’arriverais à me défendre, je ne sais pas pourquoi, je me dit que j’arriverais à lui taper dessus mais cette phobie j’ai réussi heureusement, avec les médicaments aussi qu’on me donne, ça a soigné les TOC, j’ai réussi à dépasser cette phobie là.

 

J’ai beaucoup de peurs en fait. Tout à l’heure je ne comprenais pas la différence entre la peur et la phobie, je ne crois pas que je sois dans le cadre de la phobie mais je n’en sais rien. On va rentrer dans la période de l’été et je vais dormir avec ma fenêtre ouverte et je vais mal dormir parce que je me fait des films alors je vais commencer à m’endormir et après à me dire « il y a quelqu’un qui va rentrer par la fenêtre, où est ce que je vais pouvoir me cacher, il faut que je fasse comme si j’étais morte, que je ne respire pas... » C’est plein de choses comme ça qui se passent et ça c’est pénible. Il n’y a pas longtemps je me suis dit « je crois que je vais mettre un filet dans ma... à mon encadrement de fenêtre » parce que je peux aussi ne pas dormir la fenêtre fermée quand il fait très chaud et je n’aime pas du tout cette période là à cause de ça. J’ai tellement de peurs que je ne sais même pas la quelle raconter... je repense à quelque chose c’est quand j’étais petite chez ma mère c’était au rez de chaussée il y avait la cuisine, dalle à manger, tout ça et nos chambres étaient à l’étage et l’étage c’était un escalier à l’extérieur en ciment donc on entendait rien et quand il fallait aller se coucher, c’est pareil tout le temps où je montais les escaliers je pensais qu’il y avait quelqu’un dans la cour, et ça me rappelle que quand j’y allais chez ma mère quand j’avais mes enfants encore petits, moi je n’étais pas du style à rester éveillée et à jouer aux cartes comme tout le monde faisait, j’allais coucher mes enfants là-haut, je redescendais et j’avais toujours peur, je me disais « il faut que je remonte ! » et je disais toujours que j’avais ou mal à la tête ou je prétextais quelque chose pour aller me coucher avec mes enfants. Après, j’ai des peurs de sortir la nuit, je l’ai fait quand j’allais chez ma psychiatre parce que des fois elle me prenait il était 23h ou minuit si je l’appelais et que je n’allais pas bien et j’avais peur et en même temps je me disais « et bien tant mieux, s’il m’arrive quelque chose, je serais délivrée quelque part de mes peurs et de mon mal-être », je faisais comme ça pour arriver à surmonter mes peurs en me disant « si on me tue ce sera peut-être une bonne chose en fin de compte » mes peurs m’empêchent en fait de... à l’époque j’allais dans un groupe de parole à Paris, j’avais peur de rentrer et pareil, je rentrais en me disant... et puis je suis sur le qui-vive, je suis sans arrêt autour de moi à regarder ce qui se passe, j’ai des antennes partout. Il y a aussi des peurs en voiture quand je suis avec des gens il y a des fois je n’aime pas me faire conduire.

 

Des angoisses ou des phobies je n’en ai pas, je dirais plus des peurs. Le pire depuis que je suis toute petite c’est la peur de faire confiance aux autres, pour moi c’est impossible, c’est peut-être le fait d’avoir été victime d’inceste de la part de mon grand frère, c’est sensé être une personne, une des rares personnes en qui vous pouvez avoir confiance toute votre vie, il est sensé vous protéger et de ce fait je n’ai plus confiance en personne. J’ai beaucoup, beaucoup de mal à faire confiance mais ça, c’est comme ça depuis que je suis petite donc c’est comme ça. La peur la plus grande qui prend part en ce moment c’est... j’ai décidé, certains ne comprendront peut-être pas mais... de ne pas porter plainte contre mon frère, je me suis dit que lui détruire la vie ça ne m’apporterait rien, pas qu’il faut passer à autre chose mais de toute façon pour moi il est rayé de ma vie, il n’existe plus et que mes parents... pour mes parents ça reste quand même leur fils, ça reste leur fils, ils continuent de le voir, personne n’est au courant dans la famille et donc il va arriver un moment donné où j’ai des grands-parents qui seront défaillants, l’un d’eux va décéder et il va se trouver un moment où je vais me retrouver en sa présence et ça c’est une peur... parce que je ne sais pas comment je vais réagir, je ne vais même pas pouvoir le regarder, c’est la peur de me retrouver en face et ça va arriver incessamment sous peu...

 

J’ai beaucoup de peurs... je ne supporte pas les pleurs de bébés, je ne supporte pas ça ! Dans les lieux publics... si quelqu’un me parle en même temps je ne suis même plus capable d’écouter ce qui se dit, ça me stresse tout de suite, ça peut me provoquer des malaises, ça me met dans un état de stress horrible, je pense que ça me renvoie soit à mes pleurs d’enfant ou je ne sais pas, ça me plonge vraiment dans un truc de fou. Si je suis dans un métro ou autre et qu’il y a un bébé qui se met à pleurer, je suis obligée de changer de wagon, si c’est un restaurant je vais me dépêcher de quitter le restaurant, vraiment, je ne peux pas supporter ça. Du coup, c’était très compliqué pour moi de vivre mes deux maternités, entendre mes bébés pleurer c’était... j’avais l’impression qu’ils allaient mourir, je n’en ai vraiment pas profité. Du coup, quand j’ai eu un nouveau compagnon et que c’est posé la question de devenir père ou de faire un enfant avec moi c’était « jamais », c’était même pas la peine d’y penser, sans moi ! Ça, ça ne passe pas, je ne sais pas quoi faire avec cette peur là en tout cas ça ne se calme pas. La plus grosse phobie que j’ai c’est la voiture, tout le monde autour de moi m’emmerde à me dire « passe ton permis, il faut que tu le fasse ! » et j’ai beau dire que non, je n’ai pas envie de passer mon permis... moi la voiture c’est un truc qui me fait super peur, j’ai déjà beaucoup de mal à monter dans une voiture et à me faire conduire, je préfère nettement les transports, selon la personne qui conduit ça se passe plus ou moins bien, selon la voiture aussi... des fois ça ne va pas, des fois ça va... et conduire, toucher un volant, ce n’est même pas la peine, je suis dans un état de panique horrible. Mon compagnon a essayé plusieurs fois, ce n’est même pas la peine ! Et ça, je sais très bien pourquoi : la première fois que j’ai été agressée par mon oncle c’était derrière une voiture... je n’envisage même pas de passer mon permis, déjà que je ne suis pas capable de toucher un volant donc je ne vois pas comment je pourrais envisager... j’espère un jour que j’y arriverais mais pour l’instant ce n’est pas possible. Je fais même des cauchemars souvent au sujet de voitures où je suis entrain de conduire, je ne maîtrise pas la voiture, il n’y a plus de frein, je ne maîtrise pas le volant, j’écrase des gens, c’est un truc de fou. J’ai l’impression que c’est un objet, un truc super dangereux la voiture.

 

Les phobies j’en ai surtout une c’est les araignées. J’ai toujours peur quand j’allais aux toilettes qu’il y ai des araignées cachées dans les cuvettes des toilettes qui remontent, ça, je pense que c’est lié aux attouchements, leurs pattes, ça me fait penser à des longs doigts. Après des peurs, il y a eu celle que mon grand oncle me viol, c’est aussi ce qui m’a sauvée parce que j’ai eu tellement peur que quand je me suis retrouvée seule avec lui la dernière fois c’est la seule fois où j’ai réussi à lui dire « non » malgré qu’il n’ai pas arrêté. Il y a aussi la peur de sortir toute seule dehors, je m’arrange pour repousser. Le fait de parler, seulement bientôt il y a l’oral du bac, la peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être normale, d’être complètement nulle, de ne pas pouvoir être appréciée.

 
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Date de dernière mise à jour : 02/10/2011