Pourquoi des groupes de parole autogérés ?
L’inceste et la pédocriminalité génèrent un grand nombre d’idées reçues dans la population, y compris chez les victimes qui peuvent mettre des années parfois avant de réaliser les choses. Pour le grand public, l’inceste est entouré de mythes, car il est méconnu et peu étudié. C’est un tabou, et par définition, on n’en parle pas. Ce silence et cette ignorance profitent aux agresseurs qui agressent sexuellement des enfants, la plupart du temps en toute impunité. Les victimes elles-mêmes, peu informées, sont désemparées et extrêmement isolées face à ce fléau de santé publique. Elles ne comprennent pas ce qui leur arrive, se sentent coupables, honteuses et en souffrent des années durant dans la plus grande solitude.
Sur un thème prédéfini, une quinzaine de survivants de l’inceste ou de proches de survivants sont réunis par l’association. Le groupe va traiter chaque thème en répondant à des questions précises inscrites sur un tableau.
Chaque personne s’exprime pendant un temps limité, de 3 à 5 minutes. Cet exercice est particulièrement difficile, car il faut, en un laps de temps très court, réunir et exprimer le plus d’informations possible pour répondre aux questions.
Les interventions se déroulent en deux parties de une heure chacune. Les partages sont enregistrés sur un magnétophone numérique. Ils sont retranscrits plus tard mot à mot, et servent de base pour rédiger des livrets d’information ou des livres.
Bien entendu, tous ces témoignages sont anonymes, les prénoms étant changés s’il y a lieu. Les rédacteurs participent au groupe de parole et témoignent eux-mêmes. Ils sont ainsi au coeur du sujet.
Leur travail consiste à lire et analyser les témoignages afin de structurer l’information en fonction du thème traité. Toutefois, la trame et la rédaction du livre doivent toujours répondre à trois objectifs : être concret, illustrer les constatations par des exemples vécus, rédiger dans un style simple. Le livre est conçu comme un outil qui doit être utile et gratuit. L’esprit est de constater le vécu des victimes et de leurs proches en s’abstenant de théoriser. Une fois rédigé, le livre est soumis à un comité de lecture composé de survivants, de proches de survivants, de professionnels et de personnes du grand public.
Vous trouverez sur ce site quelques passages de nos groupes de parole, puissent-ils vous permettre de mieux comprendre les conséquences des violences sexuelles sur les enfants.
Vu mon âge, ma sexualité a de l’âge elle aussi. Je ne sais pas comment je me suis construite, je crois que c’est la nature qui a fait ce qu’elle avait à faire. Pour en arriver après mes différents divorces à rencontrer quelqu’un qui quelque part m’a tout appris, m’a fait prendre conscience de qui j’étais, ce qui était mon droit avant d’être mon devoir et les choses étant ce qu’elles sont, je vis pour le moment une autre période qui est une vie je dirais sans vie sexuelle et je ne m’en porte pas plus mal.
Comme je le disais, j’ai été enfant de la DASS, donc à la recherche du papa et de la maman. La maman, j’ai eu de la chance de rencontrer une dame qui a joué ce rôle là et qui a tenu ce rôle là. Pour ce qui est du papa, j’ai cru que je l’avais rencontré jusqu’au jour où j’ai réalisé que ce qu’il avait fait ce n’était pas normal. Résultat : ma vie intime a tourné autour de la recherche de cette protection, donc, je me suis construite avec cette idée qu’il faut que pour la femme l’homme soit protecteur, qu’il soit entre guillemet un peu le père. Du coup, mes relations au départ... disons que mes 3 premiers partenaires étaient des hommes qui avaient entre 25 et 30 ans voir 40 ans de plus que moi, et puis, ça a passé. Je me suis ensuite mariée avec un homme qui avait le même âge que moi et j’ai divorcé. Après mon premier divorce, il y a eu un tilt en moi qui a fait que je me soumettais au rapport sexuel parce que c’était mon devoir mais le plaisir je ne savais pas ce que c’était. J’ai un souvenir d’un rapport... la seule fois où j’ai éprouvé du plaisir avec mon premier mari, c’était en rapport de force où il m’a dit textuellement « je vais te faire l’amour vache ! », est ce que je me suis fait un film là-dessus ? Toujours est il qu’à partir de ce jour là j’ai cherché des relations... enfin, des rapports de force et j’ai basculé sans savoir ni comment, ni pourquoi dans des rapports de domination dont j’ai évidemment exploré les deux côtés de la barrière pour finalement bien trouver ma place du côté soumission et j’ai tenté de trouver l’homme qui tiendrait ce rôle là, mais ce rôle là dans l’amour. J’ai fini par rencontrer cet homme là, je suis avec lui depuis 11 ans, jusqu’au jour où lui de son côté il n’a plus assumé ce rôle là, on est dans l’affect, on est dans le sentiment, on est dans la tendresse mais au niveau rapports non ! On n’a plus besoin de rapports, on n’a plus envie d’avoir de rapports. De toute façon, moi je sais et je sens formellement au fond de moi que je ne peux pas envisager un rapport sexuel sans ce rapport de... force, j’ai plonge dans le SM si on veut mais le SM de qualité qui est beaucoup plus psychique que physique.
La sexualité après les violences pendant l’enfance c’est un peu hasardeux... dans ma jeunesse, à l’époque des agressions, c’était des aventures sans lendemain avec n’importe qui pendant quelques temps, mais surtout ne pas avoir de sentiment en même temps parce que ce n’était pas possible de mélanger les deux. Après, je me suis mariée à l’âge de 23 ans et j’ai vécu ça difficilement, le devoir conjugal c’était pour moi quelque chose d’impossible, donc, avec mon mari on a été obligé de se séparer à cause de son travail souvent et ça m’a rongée très tôt parce que ça m’a empêchée d’avoir des contacts trop rapprochés. J’ai 51 ans aujourd’hui et je n’ai toujours pas de vie sexuelle... peut-être que maintenant c’est l’âge qui fait la chose... mais une identité sexuelle, je crois que je n’en ai jamais eu, avec les hommes en général je suis très, très, très mal à l’aise, on ne peut pas parler de séduction aussi banale fut-elle parce que ça me fait peur.
Je ne vis pas très bien ma sexualité. Ma vie intime avec mon mari est nulle, quasiment nulle, ça va faire 7 ans, depuis que je suis sortie du déni. Avant j’ai eu des expériences sexuelles, de là à être épanouie je ne pense pas mais je n’étais pas comme je suis maintenant.
J’ai grandit dans une famille où il n’y avait aucun tabou, la sexualité c’était normal, j’ai vu et entendu des choses qu’une petite fille n’a pas à voir ou à entendre, j’ai vu mon père battre ma mère, la violer...
Vivre ma sexualité... je n’en ai pas du tout, ça ne m’intéresse pas du tout, c’est difficile à vivre en vie de couple parce qu’au début où je suis sortie du déni, quelques temps après, j’ai dit à mon mari de ne pas me toucher, il n’y était pour rien mais je ne supportais pas même qu’il m’appuie la main sur mon épaule. Petit à petit, de toute façon, on n’avait pas beaucoup de toute façon avant... mais depuis il ne se passe rien du tout sauf qu’une fois où j’ai fait l’effort de ... et j’ai pleuré quand c’était fini, je ne lui ai pas montré, puis, je crois qu’il a senti que ce n’était pas la peine. Ça ne me manque pas en même temps et il y a un moment où je disais « j’aimerais bien être une none pour qu’on m’emmerde pas avec ça » je pense que ce n’est pas facile pour l’homme mais je me dit que quelque part c’est son problème. Moi, je n’ai pas vécu d’adolescence, je n’ai jamais eu de compagnon, le seul homme que j’ai rencontré c’est mon mari. Il y a eu des tentatives de gens avec moi mais je savais très bien refuser les gens. C’est bizarre parce que ça me rappelle que quand j’étais jeune fille, j’avais une cousine qui aimait beaucoup les bals, parce que je suis de la campagne, elle insistait tout le temps pour m’emmener au bal, moi je ne voulais pas y aller et puis je sais que ça coûtait cher par rapport à notre vie chez mes parents parce qu’on n’avait pas d’argent. Quand j’y allais pour lui faire plaisir, je restais assise sur une chaise à regarder les gens danser, forcément, il y a des garçons qui venaient pour m’inviter à danser mais ce n’était pas que pour ça, j’ai eu cette impression là, mais ça ne m’a jamais intéressée et je ne cherchais rien moi, je ne cherchais pas de compagnon, c’est vraiment le hasard qu’on se soit rencontré avec mon mari parce que ça ne m’intéressait mais pas du tout ! Et avant 22/23 ans, avant que je le rencontre, je ne faisais pas de vie de couple dans ma tête, je me posais la question aussi quand j’avais cet âge là de me dire « est ce que je suis normale ? Parce que je n’ai pas de vie de couple... » et c’est venu tout seul, sans que je la cherche. Quand j’ai rencontré mon mari, j’étais très amoureuse, j’étais dans le déni, je crois que le déni a commencé à ce moment là, je pense que c’est à ma première relation sexuelle où je me souviens, je l’ai fait patienter longtemps parce que je voulais avoir la confirmation qu’il m’aimait, je ne voulais pas qu’on couche tout de suite, j’ai du aller chez le gynécologue, je détestais ça, j’étais toute rouge, je n’étais pas bien, j’étais mal à l’aise, il est venu avec moi, en plus il n’était pas habile ce gynéco là... et mon premier rapport sexuel, je m’en rappelle très bien parce que je me souvenais que j’avais eu des agressions à ce moment là, je me suis souvenu de ça parce que je n’ai pas compris pourquoi j’avais du sang alors que j’avais été violée et c’est là que je me suis dit « je ne comprend rien ! » je pense que c’est là, à partie de là que j’ai tout oublié de ce qui s’est passé autrefois.
J’ai envie de parler de l’éducation sexuelle parce que je n’en ai jamais reçu, si, à l’école, on a eu de l’info quand j’étais en 3ème parce qu’il y avait beaucoup de filles enceintes dans l’école. Je n’y connaissais rien du tout et c’est marrant parce que c’est dans ma vie d’adulte, il n’y a pas très longtemps où j’ai découvert qu’on pouvait faire ça autrement, qu’il y avait des choses qu’on pouvait faire à deux, je l’ignorais complètement, ça m’a choquée, je trouve ça dégueulasse et puis je me dit c’est bizarre que je ne sache pas que ça se fasse alors que je me demande si on ne me l’a pas fait faire que j’ai tellement oublié ça que je me dit ça n’existe pas. Je pense que c’est ce qui se passe parce que j’ai une de mes sœurs qui a su dire les mots quand elle a parlé de ce qu’on lui a fait faire. Moi, c’est impossible. Bizarrement c’est dimanche, j’allais au marché et chaque fois que je vais au marché, je ne suis jamais bien, je ne sais pas ce qu’il se passe. Alors je me dit est ce que c’est parce qu’il y a plein de monde autour de moi ?... et dimanche j’ai compris quelque chose au marché, c’est qu’au moment où je payais la personne, je me disais « qu’est ce qui ne va pas là ? » je commençais à pleurer et j’entendais les voix des commerçants qui crient quand ils vendent des choses et ça m’a ramenée très loin et j’avais l’impression que ces voix elles étaient très loin dans ma tête alors que les commerçants étaient à côté de moi et hier, en analyse, avec ma psy, justement on a parlé de la sexualité, ça m’a ramenée à un souvenir que je n’avais jamais raconté, que j’ai eu à la sortie du déni et que j’ai enfin raconté hier mais dans des conditions... il m’a fallu presque un quart d’heure pour raconter une scène que j’ai vécu avec des cris et tout ce qui va avec... mais je n’arrive pas à penser autrement que c’est quelque chose de sale, je n’arrive pas à me dire que c’est beau, je n’en suis pas là.
C’est un sujet trop difficile... c’est bizarre, j’en ai parlé hier, j’en parle aujourd’hui, c’est dur d’en parler, j’admire les gens qui peuvent en parler en décrivant des choses. Je pense à mes garçons... évidemment, c’est tabou chez moi aussi... si ils ont comme modèle Internet, je ne sais pas ce que ça peut leur provoquer dans la tête, je me pose la question par rapport au petit justement... il avait mal fermé mon ordinateur et puis, j’avais des images porno, je me suis dit « merde ! Qu’est ce qu’il va foutre là dedans lui !» et en même temps, je n’ai pas envie qu’il se contente d’images comme ça, j’ai du mal à me dire que c’est pas sale, à dépasser ça, je suis très gênée quand je vois des photos à la télé, des fois, je me dit « ça ne devrait pas exister » mais je ne sais pas comment je me suis construite, sans repère, sans rien, quelque part j’ai eu de la chance aussi de ne pas être tombée dans les mains de gens qui m’aurait poussée à ... parce que je restais quand même vulnérable. C’est bizarre parce que je m’étais blindée quand je suis montée à Paris, ça ne se voit pas mais quand j’ai dit même en thérapie que j’avais peur même de la thérapeute à chez moi elle m’a dit « ça ne se voit pas, ce n’est pas le visage que vous donnez parce qu’on pourrait penser que c’est le contraire », je montre un visage difficile, il ne faut pas m’approcher et en fait, si on m’approche je suis vulnérable.
Mon identité sexuelle s’est construite de manière compliquée parce que mon agresseur se servait beaucoup de la pornographie avec moi, que ce soit par des films ou par des bandes dessinées pornographiques, c’était omniprésent pendant les agressions. On m’a montré la pornographie très, très petite, du coup, je pense que j’étais un peu conditionnée à la pornographie enfant, du coup, je pense que c’est la vision que j’avais du sexe après quand je me suis construite, une fois que les agressions se sont arrêtées quand j’ai eu 12 ans, j’ai commencé à avoir des flirts et j’ai commencé à m’apercevoir que je plaisais au collège, etc. je me suis dit « je vais un peu me venger... », Enfin, à l’époque je ne le pensais pas comme ça, je pense que c’était inconscient mais je me suis dit « je vais un peu me venger, séduire les garçons et une fois qu’ils seront séduits, je les jetterait comme des merdes, je vais leur faire mal à tous » et c’est un peu ce que je faisais sans aller loin, c’était vraiment du flirt genre « bisou sur la bouche et casse-toi » mais c’est un peu ce que je faisais au collège, d’ailleurs, on m’appelait « la sauterelle » parce que je sautais vraiment de garçon en garçon pour les séduire et les jeter, ça m’amusait beaucoup... ensuite, quand je suis rentrée au lycée, j’ai eu une relation un peu plus sérieuse avec un copain mais je ne comptais pas avoir de relation sexuelle parce que ça, ce n’était pas du tout dans mes projets et je ne m’en sentais pas du tout capable et je me suis retrouvée un peu piégée à l’âge de 15 ans, c’était mon petit copain, il m’avait invitée dans sa chambre pour réviser des cours de russe, on s’est retrouvés sur son lit, il m’a mit la main dans son slip et moi j’étais horrifiée parce que ça m’a vraiment rappelé les agressions de toucher ce truc qui m’a vraiment répugnée, je me suis retrouvée violée par ce petit copain, c’était hyper... je n’ai pas de mot...je me suis retrouvée enceinte parce que bien sûr ce n’était pas prévu que j’ai des relations sexuelles, donc enceinte... du coup IVG à à peine 16 ans. J’ai eu beaucoup de mal à me défaire de ce petit copain parce qu’il avait vraiment une emprise...vraiment de la revictimisation pure et dure, j’ai mis 3 ans à m’en défaire. A un moment je suis arrivée dans la rue et dans la rue j’ai commencé à avoir une sexualité complètement débridée, à multiplier les partenaires, à voir des femmes, des hommes, c’était vraiment n’importe quoi ! J’étais en plus dans la toxicomanie alors ça n’aidait vraiment pas et je crois que j’ai développé à ce moment là une espèce d’addiction au sexe, à la pornographie et je ne me rendais pas compte à l’époque que c’était vraiment de la destruction, que c’était lié aux conséquences de ce que j’avais vécu, que c’était lié au conditionnement que j’avais eu quand j’étais petite et mon identité sexuelle, elle s’est construite comme ça jusqu’à mon mariage. Là, j’ai un ancien petit copain qui est venu me sortir de la rue, qui m’a ramenée chez ses parents et qui est devenu mon mari à 19 ans.
Quand je me suis mise avec mon mari, mon mari était vierge, il n’avait jamais eu de relation sexuelle, donc, il était assez doux et tendre, ça a été à peu près, sauf que moi comme j’avais été un peu éduquée dans la pornographie, ma seule façon de faire ça c’était comme les filles dans les films porno, je pensais que c’était normal et petit à petit, on s’est installé en vie de couple et lui a changé au fil des ans, il n’est plus resté doux et tendre, c’est sûrement dû à mon comportement sexuel et il n’est sûrement pas très net au fond, je n’en sais rien mais il est devenu très agressif, violent et comme il est devenu violent j’ai changé aussi et je me suis dit « qui dit violence dit relations sexuelles tu peux aller te gratter ! », j’ai changé du tout au tout : de la fille au film porno je suis passée à rien du tout ! Il est donc devenu de plus en plus violent. Avec le recul, je me rends compte que je n’ai jamais réussi à rester fidèle à un homme, c’est impossible pour moi, je ne sais pas pourquoi mais... peut-être parce que je me dit que je ne veux appartenir à personne et que je ne veux pas être un objet et je refuse d’appartenir à qui que ce soit, bref... au bout d’un moment, je l’ai quitté. Je me suis mise en couple avec quelqu’un d’autre mais j’ai toujours une sexualité un peu bizarre... jusqu’au moment où je me suis rendue compte que c’était vraiment un problème cette sexualité, je me suis mise en danger plus d’une fois et au bout d’un moment j’ai dit « mais qu’est ce qui m’arrive ! Ce n’est pas normal... » Ces comportements j’ai réussi à les stopper, j’ai toujours des pulsions mais j’arrive à ne pas aller au-delà de ces pulsions, je ne me met plus en danger. Maintenant, pour essayer de me connaître et de mieux me comprendre, je n’ai quasiment plus de relation sexuelle, c’est difficile quand on a des pulsions, ce n’est pas dans ma nature de ne pas avoir de sexualité mais je sais que ce n’est pas moi au fond, ce sont des conséquences et si je laisse aller ces pulsions, je vais bien croiser un cinglé et je vais finir à la morgue et je sais que ce n’est pas moi d’être comme ça, ça reste compliqué. Comme je suis en couple avec quelqu’un qui n’est vraiment pas accro à la sexualité, comme moi j’ai eu des périodes où j’étais très demandeuse, lui a du se dire « c’est bizarre quand même d’avoir vécu tout ce qu’elle a vécu et d’être aussi demandeuse », il y a un truc qui ne colle pas, c’est parfois source de conflit.
Comment je vis ma sexualité ? Comme Toutankhamon : momifiée parce qu'en gros j’ai commencé à approcher vers 25 ans, j’avais un gros dégoût donc jusque là je n'approchais pas trop, je ne sortais pas trop, mon corps réagissais à un début de sexualité. Et les souvenirs me sont revenus, et là mon corps a quasiment tout bloqué, le fait que j’ai vécu assez peu en couple, parce que physiquement ça ne m’apporte rien, c’est délicat, c’est angoissant, c’est malheureusement physiquement douloureux aussi. Actuellement je suis célibataire, et je le vis très bien parce que pour moi c’est une complication, c’est un comportement d’évitement, en plus apparemment je choisis très mal mes partenaires, donc ils ne m’apporteraient même pas quelque chose comme passer un bon après midi à faire du scrabble. Comment c’est construite mon identité sexuelle ? ça été un petit brin compliqué parce que comme il s’agit de ma mère qui m’a agressée je pense quand on est, à l’époque, on se construit à l’adolescence, je pense qu'on se pose tous plus ou moins des questions, est-ce que je suis à voile ou à vapeur ? Moi je me suis posée un peu la question parce que je sortais assez peu même si, il m’est toujours paru claire que j’étais hétéro, bon d’accord je le suis, les gens qui sont homos pas de problèmes, chacun voit ça comme il veut. Mais moi je me suis demandée si je n’étais pas attirée par les filles puisqu’en l’occurrence j’ai quand même d’actes sexuelles avec les femmes….Que moi, j’avais un corps de gamine, mais elle, c’était clair que c’était pas un mec, donc je me suis beaucoup posée la question et en plus j’étais très fusionnelle avec ma sœur, et ceux qui ne nous connaissaient pas et qui nous voyaient tout le temps dans le même bus, dans le même magasin….On entendait des termes de gouines, de lesbiennes tout autour de nous, jusqu’au moment où moi en passant à la caisse et je disais toujours en rigolant « oh c’est vrai t’es ma sœur, t’as le même humour que moi, t’es aussi con que moi « enfin voilà, le « t’es ma sœur » histoire de dire « t’as bien compris, c’est pas ma petite copine » Je serais homosexuelle, je vivrais avec mais c’est ma sœur on ne couche pas ensemble. On habite encore ensemble, mais voilà comment s’est construite mon identité sexuelle….Difficilement, ma sœur je ne peux pas parler à sa place mais elle a vécu sa sexualité également un peu bizarrement avec des choix bizarres et un peu tardivement. Donc toutes les deux, je crois que l’on a un peu évité la chose. Enfin moi personnellement, je ne crois pas, que pour moi l’amour puisse exister avec la sexualité car en général quand il y a les deux je pense que c’est un peu plus épanouissant. Je serais prête à dire qu’elle est encore prête à se construire quelque part dans ma tête. Parce que j’ai à débattre de beaucoup de choses avec ça. Et puis j’ai eu à débattre aussi, est-ce que moi-même je ne serais pas un agresseur ? Parce que je regardais les gamins et je me disais, « mon dieu ils peuvent être agressés » et je me disais « est-ce que l’idée vient de moi ou est-ce que c’est une crainte ? » Bon dieu merci, ça va, c’est une crainte…
J’ai essayé d’y réfléchir en vous écoutant, c’est vrai que moi apparemment, Il semblerait que je ne ressente rien du tout, le fait que comme on a des fonctions physiologique du fait, que ça fini toujours par bien se passer, et bien je ne fini que par ressentir de la douleur, puisque je ne réagis pas positivement à la sexualité, surtout à la pénétration ça me pose un problème ce qui pourrait paraître paradoxale puisque j’ai été agressée par une femme, donc pénétration j’ai très peu subi, mis à part un ou deux test de sodomie moi c’était plus tôt extérieur mais j’ai développé à l’adolescence des fantasmes morbides. Je dirais que tous mes baigneurs, poupées « Barbie » ont fait les frais de la façon dont j’exprimais la violence dans la sexualité. J’avais deux poupées qui exprimaient ça à merveille. La poupée féminine très douce, puis une espèce de gros baigneur parce que pour moi, c’était mon p’tit corps de p’tite fille, et l’autre le corps assez rempli et reblai de ma mère. Ils avaient une espèce de jeu sado masochiste. Il y en avait un qui était le maitre et après c’était l’autre, enfin bon bref, très compliqué, j’ai eu ces jeux là avec mes poupées jusqu’à à peu près l’âge de 14 ans, et vu comment ça c’est passé avec ma mère….Moi la sexualité qu’elle m’a imposée, c’est lié à une peur de mort puisqu’il y avait quand même, des menaces puisque par la suite, j’ai développé une envie de mourir très jeune….J’ai failli faire mon premier suicide à 6 ans, pareil, j’ai testé avec un baigneur c’est pour ça que je n’ai pas réussi. Parce qu’en faite, ma sœur a failli recevoir le baigneur sur la tête, et elle m’a tellement engueulée que j’ai renoncé. Et c’est lié aussi, à la perte de contrôle parce que, on en parlait tout à l’heure, le fait de vivre ça pleinement on perd le truc, on le vit, le corps, les yeux, moi, je dirais qu’à chaque fois que je me suis trouvé en état de vivre une expérience sexuelle avec un partenaire, je ne pouvais pas perdre le contrôle, je ne pouvais pas parce que ma mère c’était quelqu’un qui me faisait perdre le contrôle au quatre domaines. Pas seulement quand elle m’abusait mais dans des tas de domaines, elle était complètement... il fallait la freiner quand on allait faire des courses, fallait la sortir des magasins parce qu’elle racontait nos vies, enfin bon…Vraiment il y avait une perte de contrôle, un flou artistique, on savait ce qui allait se passer ou qui allait être vivant, ou dans quel état le lendemain. On ne savait rien, et il y a des choses par rapport à la nourriture, puisqu’aussi, « tu auras un peu plus de bouffe, si tu es un peu plus gentille ma petite chérie » Des choses qui peuvent épanouir comme la sexualité, la nourriture, des choses qui font partie du corps, de l’esprit, moi je freine, j’ai des rapports très compliqués avec la nourriture. Pendant un bout de temps je ne pouvais pas me trouver à table avec des amis et partager de la nourriture. Parce que pour moi, c’était comme me livrer à du cannibalisme, où une espèce de sexualité morbide tout en étant entrain de manger, un plat normal, avec des gens normaux qui savent. J’ai développé apparemment des choses de manière inconsciente dans ma tête qui apparemment se manifestaient au moment où j’étais avec mon ex au lit où il se passait des choses de sympas. Mais je n’y arrivais vraiment pas du tout.
Je dirais que je vis ma sexualité, un petit peu comment je vais, c'est-à-dire avec des hauts et des bas, et puis malheureusement mon mari subit. Ce n’est pas facile dans le sens où quand je ne vais pas bien pas question de faire de câlins, parce que je ne suis pas présente, je suis plutôt absente, ce qui agace mon mari, et puis par ailleurs quand je vais bien, là tout va bien, je participe, je suis active, je m’épanouis, je ressens du plaisir, mais c’est agaçant pour mon mari parce qu’en faite, c’est quand moi je vais bien, quand moi j’ai décidé…ça n’allait pas très bien depuis un petit moment, je dirais que malheureusement ça fait longtemps que l’on n'a pas fait l’amour. On est en février, janvier il ne s’est rien passé, décembre il ne s’est rien passé, donc je ne sais même plus quand était la dernière relation. J’ai eu un rendez-vous avec un ostéopathe qui travaille avec et sur les énergies, qui m’avait déjà aidé en septembre sur la libido, j’avais eu du positif. Donc, quand je l’ai vu en janvier, je lui ai dit « voilà ça ne va pas avec mon mari, je ne m’épanouis pas en ce moment », il m’a dit, je le sens, je le vois… Il m’avait demandé si ça avait fonctionné la première fois, et je lui ai dit « oui au contraire » Donc là tout va bien, c’est remonté. Mais mon mari finalement, je l’ai sollicité depuis, la semaine dernière et en faite, il m’a rejetée, il m’a dit « non, moi quand j’avais envie, tu ne voulais pas, donc non » Ça a été dur, délicat toute la semaine, ça a été tendu, enfin voilà on n’était pas sur la même longueur, je voyais bien qu’il y avait quelque chose dans le couple, et c’était à cause de la sexualité. Et là, on s’est retrouvé tous les deux ce matin, et la chose qu’il m’a dite « ça y est là tu as envie ? Alors tu vois ce que ça fait quand on est rejeté et qu’on ne peut pas faire l’amour quand on en a envie ? » Enfin, quelque chose comme ça, alors je n'ai pas rebondi, on a des choses à se dire, mais c’est pas évident…
C’est vrai que j’évolue, pas forcément en bien, malheureusement, je dirais qu’étant plus jeune, j’avais un appétit sexuel, où je me cherchais où j’en abusais aussi, et avant de mettre le doigt dessus, sur le problème de famille, ce secret gardé soigneusement, il y avait des hauts et des bas, mais plus particulièrement depuis que j’ai commencé une thérapie avec un psychiatre, depuis que j’ai porté plainte il y a deux ans, pendant ces deux ans ma famille c’est écartée de moi. Il y a beaucoup de côtés négatifs enfin je commence, j’essaye de rebondir, de voir le côté positif. Mais je dirais qu’il y a quelques années, en étant jeune couple, on s’épanouissait mieux autour de la sexualité. Et je m’épanouissais beaucoup en étant enceinte, pendant la grossesse, c’est super les hormones, j’aimerais être enceinte tout le temps!! Être à cinq mois tout le temps. Et puis bien voilà, il ne faut pas oublier l’agression sexuelle, pas oublier les multiplications aussi car il n'y a pas eu qu’une fois, une seule personne mais plusieurs actes. Donc je ne peux pas occulter les souvenirs qui nous viennent à l’esprit. Cela peut-être un geste, un contact, mais je ne l’exprime pas, je le garde pour moi, je sais que ça ne va pas lui faire plaisir si je le dis, ça va lui faire mal aussi, donc ça va. En faite, je ne veux pas dire que je subis mais il y aurait quelque chose d’écœurant à l’heure actuelle pour la sexualité. Je finirai en disant qu’il vaut mieux être seule que mal accompagnée….Mais je ne veux pas divorcer non non !! Mais voilà quoi !! C’est dommage, et je rebondirais c’est pas sur notre humeur, c’est vraiment sur mon état de santé. C’est comme une pathologie.
Diriez-vous que tout à rapport à la sexualité aujourd’hui est un problème pour vous ? Oui, j’affirme mon oui, parce que depuis très longtemps, ça m’énerve, ça me gêne, ça m’écœure, je n’aime pas ça, je n’aime pas le voir, je n’aime pas l’écouter ! Oui, c’est lourd, on vit dans un monde où c’est ...où tout est basé sur le cul, moi je trouve ça minable, y a des vannes, des blagues sur internet entre autres d’ailleurs, non moi ça m’énerve !! Ça me gave et il y a des choses plus intéressantes que le cul, les rapports sexuels, les femmes en petites tenues. Je ne vois aucun intérêt, ça me gêne énormément, heureusement on est tous vêtus mais on a tous un sexe et pour les femmes, les seins !! C’est souvent que dans la rue ou en groupe, enfin peu importe, il y a beau y avoir les vêtements, non, je ne vois que la sexualité. Je vois, j’imagine, ça m’écœure, ça me repousse, donc j’essaie de passer dessus. Je sais que c’est lié encore à ce que j’ai vécu. Après pour ce qui est du couple, c’est un problème, un problème au sein du couple et je dirais même que si on n’arrive pas à le dominer ça va nuire à mon couple. Je ne sais pas lequel de nous deux est capable de franchir le pas, de faire stop à cette relation de famille, de couple, mais s’il y a de l’amour autour …C’est clair que la sexualité c’est hyper important dans un couple, l’épanouissement c’est hyper important, et s’il n’y a pas la sexualité, il manque quelque chose !! Mais je pense que le faite d’être en procédure, le faite de remuer tout ça, d’être dedans ça y joue beaucoup et je pense qu’il faut prendre son mal en patience. Enfin que je prenne mon mal en patience et mon mari aussi pour envisager l’avenir. Mais c’est clair que c’est un gros champs de bataille on va dire et que il faut tirer les cordes, et puis on avance petit à petit et puis refaire ce qui ne va pas, enfin, on essaie de régler ce qui ne va pas mais c’est énorme et puis on a l’impression de ramer, donc c’est pour ça que je reste persuadée que c’est vraiment important de porter plainte car tout ce qui est préjudice, traumatisme, c’est clair il y a ce qu’il faut à dire et ce ne sont pas des actes anodins, et ça flingue une vie. C’est horrible. On a beau s’affirmer qu’on est normal et bien il y a des choses qui ne vont pas dans la tête et dans le corps et ce n’est pas de notre faute, on nous l’a infligé, alors que eux savaient ce qu’ils faisaient.
Sujet pas très facile et c’est un peu confus pour moi, comment vivez-vous votre sexualité ? Je dirais pareil, cela dépend de mon humeur. Quand tout va bien, moi faire l’amour cela ne me dérange pas du tout. Par contre je ne suis pas très demandeuse, même si j’en ai envie….J’attends toujours que ce soit lui qui fasse le premier pas donc il aimerait que la demande change un peu de côté. J’essaie de montrer quand j’ai envie, mais il y a énormément de pudeur pour moi par rapport à cette demande que je peux lui faire. Je ne sais pas, j’ai l’impression que s’est déplacé. Parce que pour moi, j’ai trop encore dans la tête, quand j’étais jeune, petite fille, parce que les agressions ont du commencer vers 5/6 ans, jusqu’à l’âge de 20 ans, et pour moi demander c’est comme si je l’agressais lui. Parce que quand les agresseurs venaient vers moi, ils ne me demandaient pas mon avis, donc je fais encore un peu la confusion à ce niveau là. C’est pour ça que je préfère que ce soit lui qui fasse le premier pas, et puis si je suis décidée et bien ça ira. Donc oui c’est mon humeur qui mène tout. Quand je vais bien il n'y a pas de soucis, mais quand je ne vais pas bien, faut me laisser, je me couche, je suis recroquevillée, faut pas me toucher je n’aime pas ça, j’ai pas envie. Autrement la construction de mon identité sexuelle, comment elle s’est faite, je n’en sais rien. Pour moi il me semblait évident d’être hétéro, je fréquente des gens homosexuels. Je ne pense pas que cela me gênerait d’aller vers une femme, car quand il y a attirance, on n'y peut rien, je sais ce que l’on ressent, je l’ai déjà ressenti, et je le ressens actuellement depuis plusieurs mois, et oui je ne pensais pas mais si c’est possible, mais je suis mariée…. Mais oui c’est possible pour moi car à l’adolescence, j’avais une copine que j’aimais bien, et c’est vrai que l’on avait des jeux qui débordaient un peu, mais jamais franchement osé passer le pas. A ce jour, je le pourrais !! La vie est bizarrement faite, le hasard des rencontres, et je sais ce que c’est de ressentir de l’amour pour une femme, cela me perturbe un peu et me fait un peu peur…Faudrait que je lui en parle, mais bon voilà l’amitié est précieuse je ne peux pas la foutre en l’air, j’en souffrirais. Donc voilà mon identité sexuelle est hétéro mais bon peut-être bien bi quand même. Je suis hétéro oui, bisexuelle aussi sans doute….
Ce qui est difficile en somme dans la relation sexuelle c’est le moindre p’tit mot qu’il peut dire, parfois …Cela peut-être un mot que j’ai entendu dire par l’un des agresseurs et ça c’est très très dur, je souffre, ça me prends tout, le corps, la tête. Quelque fois, ça peut-être un geste aussi, donc l’acte sexuel, j’appréhende toujours un peu à cause de ça. Moi je n’ai pas été dans le déni pour tout. Quand le mari de ma mère m’attaquait j’en étais consciente, je ne l’ai jamais oublié qu’il abusait de moi. Par contre ce que j’avais complètement oublié, mis dans le déni, ce sont les agresseurs autres…Donc la construction, pour moi aussi c’est faite dans la peur, je savais, par exemple, enfant je voulais des enfants, j’adorais ça, je voulais être puéricultrice, enfin bref je me faisais tout un monde, mais quand j’ai réalisé qu’il fallait faire l’amour pour avoir des enfants, avoir des relations sexuelles, je me disais que pour moi cela serait impossible !! Donc ça a toujours été très très dur, et le jour où j’ai passé à l’acte, le vrai acte sexuel partagé, acte d’amour …Cela c’est passé avec le garçon que j’ai connu j’avais à peine 17ans, il est maintenant mon mari, ça a été violent, hyper violent, ça c’est fait sur plusieurs fois, parce que dés qu’il commençait à me toucher, je ne pouvais pas, je paniquais, j’avais d’horribles douleurs, mon cœur s’emballait à m’arracher la poitrine, les sueurs…. Je me revoyais violée !! Donc à cette époque là, il ne savait rien, parce qu’il le sait que depuis six ans. J’ai cru que je ne pourrais jamais être normale, une femme normale, parce que pour moi être normale, avoir des actes sexuels, je dirais pas de l’amour mais des actes comme on m’avait appris et fait voir ces actes, fait connaître. J’ai connu des fêtes à la maison, des échanges sexuels donc pour moi que du sexe et ça le sexe m’a toujours fait peur. Maintenant avec la thérapie que je fais depuis des années j’arrive à mettre des barrières, et des noms sur chaque chose, je suis consciente que le sexe et l’amour c’est différent. Mais cela a toujours été très compliqué pour moi, actuellement, quand j’ai des rapports sexuels c’est toujours le p’tit mot ou le p’tit geste, le moindre p’tit truc qui me fasse rappeler un de mes agresseurs. Et si ça me déclenche le souvenir d’une agression alors là c’est paniquant. Moi il n'y a pas très longtemps que je ressens du plaisir par pénétration je souligne. La 1ère fois que j’ai ressenti ce plaisir, j’ai pleuré tellement j’ai eu peur et que j’ai réalisé ce que l’on m’avait volé !! La jouissance, je la ressens comme une perte de contrôle de mon corps et cela peut-être paniquant, faire peur. Le corps, ce corps je le découvre petit à petit et c’est un long travail, pour moi bien sûr !! Ressentir du plaisir quand il y un échange amoureux, je trouve ça super moi, et j’aime ça c’est vrai, je ne peux pas dire le contraire, je me sens bien, détendue. Quelque fois, je lui dis « chouette, c’était bien, c’était bon, je vais bien dormir » et bien non je fais quand même des cauchemars. Donc je suis frustrée le matin en me réveillant car mon corps était détendu mais ma tête n’a pas lâchée prise finalement. Actuellement je ne fais que des cauchemars, je suis vidée, je n’en peux plus….C’est pas facile !!
En faite sur le sujet, je n'ai pas grand-chose à dire car il ne s’est rien passé encore…. Il ne s’est rien passé à part l’agression sexuelle. Je n'ai jamais eu de rapport, même de relation amoureuse en tout cas, pas à double sens. Donc depuis tout petit, je suis attirée par les femmes, y compris les femmes plus âgées que moi. Quand j’étais petit, avec mes parents, on allait voir des opéras, et une fois il y avait Carmen, c’était pour moi la femme idéale. Tout comme les mères de copines de mon âge quand j’étais au CP, primaire, elles me plaisaient. J’ai fait du naturisme avec mes parents, je voyais hommes et femmes de tous âges ça m’attirait aussi mais il ne s’est jamais rien passé parce que pas confiance en moi, pas confiance en l’autre, l’autorité enfin je me méfiais. Je me suis aussi beaucoup exprimé par la colère et la violence en faite, parce que j’ai essayé de canaliser par des sports de combats car ayant une telle négation de la vie, de ma propre vie. J’ai eu plusieurs accidents d’ailleurs en voiture par pilotage sur route ouverte et ça ne me dérangeait pas finalement de ne pas avoir de contact charnel avec les gens même si j’en ai besoin puisque c’est difficile de vivre seul sur cette planète ! L’identité sexuelle comme je fréquentais un couple homo par l’intermédiaire de l’agresseur et de mon oncle, j’ai vu ce que c’était des homosexuels …Oh non !! Femme un peu moins et finalement pour que ça marche bien c’est que là généralement, qu’il y ait différence d'âge entre les deux, il est assez difficile que le deux soit dans la même catégorie socioprofessionnelle, en générale il y a des écarts, il y en a qui reste au crochet de l’autre. J’ai une vie publique assez importante, de tout genre, de tous horizons, de tous parcours, et je repérais assez vite les homosexuels, ça m’hérissait le poil, disons que ma première réaction était plutôt négative parce que je revoyais mon agresseur, alors j’avais beau me forcer à… Je ne pouvais pas tout mettre dans le même sac, le regard, le ton de la voix, le mouvement des lèvres, les gestes et tout, enfin, pour moi, il était évident que ceux là, il fallait que je me force de parler avec eux de tout et de rien sans que je me rappelle inconsciemment et une fois j’avais mangé au resto, avec un couple comme ça qui connaissait un peu mon histoire, connaissait bien mon oncle et je ne me suis jamais entendu avec le plus jeune d’entre eux. Il finissait par me traiter d’asocial, fasciste, matérialiste qui jouait les effarouchés parce que je lui expliquais que j’avais une négation de la vie, pourquoi je me suis cassé le cou et lui c’était quelque chose qui le dépassait. Donc spontanément et après les expériences je suis plus hétéro qu’homo. Une femme enceinte je trouve ça très beau, c’est émouvant.
C’est une sexualité complètement inexistante, des relations amoureuses au même niveau, la peur et aussi la volonté de chercher à construire quelque chose malgré tout, parce que je savais et j’ai conscience que les bases de l’amour et sexualité étaient malsaines et ne réussissant pas à sortir avec des gens, des filles quoi, je fais du sport, je cherchais à m’occuper d’une façon ou d’une autre. J’avais du mal à avoir confiance en les gens donc j’avais plus confiance dans des idées que dans du matériel. Il y a eu une très longue période d’ici 15 ans à éviter finalement, avec des sorties, des rencontres, et du coup la sexualité elle a été solo avec masturbation, c’était l’époque d’internet donc finalement, c’est vraiment grâce à internet que j’ai su ce qu’était la cyprine, comment était fait un vagin, parce que je n’osais pas non plus acheter des revues pornos, aller voir des prostituées, c’était l’horreur. Du coup j’ai vu multiples vidéos, d’images, tout type de sexualité y compris les trucs sado maso ou des trucs avec des animaux…J’ai vraiment, c’était un catalogue j’ai placé tout ça en faite, pour voir tout ce qui existait et j’étais conscient en même temps que c’était des films, des actes avec un rôle à jouer, un orgasme qui n’est pas forcément réalité, j’étais bien conscient de ça mais quand même et puis construire un espèce de tri, qu’est-ce qui me plait, vers quoi je suis attiré, ou pas du tout, que ça me dise si il y a un truc que j’aimerai faire ou pas. Puis finalement heureusement , parce que des scènes toutes tordues, et après la mise en pratique ça n’a jamais, ça ne s’est jamais passé parce que c’est des choses qu’on apprend, il faut être un peu socialisé quelque part. Il y a des codes finalement pour dire « je te plais ou tu me plais », enfin ce genre de truc, il m’a fallut un temps fou aussi pour apprendre ça. Et pas paraître quelqu’un de bizarre, exprimer un sentiment sans faire peur, et là comme j’ai pas mal déménagé en suivant des formations, des niveaux, à chaque fois je recommencé, fallait recommencer à zéro, fallait reconstruire un réseau social, donc là encore heureusement il y a internet. Donc avec des sites internet, des sorties ça permet de rencontrer des gens. Contrairement à avant, je ne raconte plus mon histoire, pas celle de l’inceste, dans les situations où je peux rencontrer des gens alors que je suis vraiment tombé amoureux, le coup de foudre plusieurs fois sans retour de l’autre. Je me souviens quand j’étais jeune, à la fête quoi, des étudiantes qui se demandaient si j’étais seul car elles voulaient sortir avec moi mais elles n’osaient pas franchir le pas. C’est vrai que dans un monde d’hommes, c’est vrai que si l’homme ne fait pas la démarche il ne se passe rien. Et là récemment, j’ai eu un coup de foudre avec une collègue de travail qui avait déjà sa vie, et alors que je venais de réussir matériellement, à me reconstruire, à apprécier la nouvelle vie où je venais d’atterrir, ça ma flanqué un coup, que j’ai eu des hauts et des bas dans cette pathologie. Donc j’ai re-déménagé, un nouveau boulot tout récemment, là il y a eu une collègue de travail encore, qui me plaisait bien mais elle est tombée amoureuse d’un mec où au moment on commençait plus ou moins à sortir ensemble… Tant pis je tourne la page, et heureusement que j’arrive enfin à gérer.
Juste un mot au sujet des petits garçons, j’étais très mal à l’aise en présence de petits garçons, parce que je me revoyais et mal à l’aise aussi dans l’idée de rechercher quelqu’un dans l’idée de consommer à deux. Je ne souhaitais pas avoir d’enfant perso, je voulais juste une fille. Mais en voyant du monde, qui ont plus de chance que nous, je me suis dit que cette relation là que j’avais était conséquente du traumatisme, et qu’il y avait d’autre vie possible, qu’enfin ce n’est pas évident de tout voir. Maintenant, j’ai beaucoup moins de réticences la dessus et le plaisir d’être avec des enfants, des garçons, faire des jeux, des trucs, apprendre, mais il y a eu cette période là de crainte, de projection.
Moi je vais parler pour l’autre côté de la barrière, en tant que proche. C’est vrai que pour moi la sexualité je trouve ça génial, moi, c’est un épanouissement, ça fait partie intégrante de la vie de couple. Après comme j’ai déjà entendu autour de cette table, c’est vrai qu’avec ma femme c’est vraiment en fonction de ses humeurs. C'est-à-dire qu’il va y avoir des périodes où ça va aller, ça va être super génial, on va être en osmose totale, et des périodes où ça ne va pas aller dans sa tête, ça va être dû à un facteur, n’importe quel facteur et là ça va se répercuter sur nous !! En faite, ça va être très difficile, car ça peut durer peu de temps et pour moi ce n'est pas facile de savoir quand c’est le moment et quand ça n'est pas le moment, donc pour moi ce n’est pas facile car je n’ai pas vécu….Je n’ai pas les mêmes rapports avec ça. En plus je fais du mieux possible pour que ce soit du mieux possible, bon après on fait comme on peut et des fois j’ai l’impression que quand je vais au clash, c'est-à-dire que je ne sais pas si c’est le bon moment, bon des fois je suis peut-être maladroit, elle va me rejeter et j’ai l’impression de voir le côté bestial de la chose quoi. Donc après, c’est pas facile, on se remet en question, on en prend pour son grade et on dit « est-ce que c’est moi qui m’y prend mal ou est-ce que c’est le mauvais moment, est-ce que je suis pas assez ça ou ça ? « Et c’est pour ça que dans ma vie de tous les jours j’essaye à tous les niveaux avec elle, à faire un maximum quoi !! A tous les niveaux, à tous les niveaux, c'est-à-dire, faire la cuisine, le ménage, j’essaye d’être au top, surtout pour qu’elle n'ait rien…Je ne sais pas si ce que je dis ça tient la route, mais vraiment quelqu’un en qui elle a confiance, sur qui elle puisse se reposer, et puis qu’en dehors de ça, on arrive justement à être en osmose !! Mais c’est vrai que moi, ce qui me fait, qui m’emmerde le plus, pour parler poliment, c’est quand je vais au clash et c’est ce côté bestial que j’ai l’impression d’être, comme il ya soixante ans, le papi qui montait sur la mamie et puis voilà quoi….Moi ce n'est pas ce que je veux laisser paraître, moi c’est avant tout de l’amour et c’est un échange, ça se fait à deux!!
Comme, oui, on le dit, c’est au beau vouloir de madame, quand ça ne va pas, il ne se passe pas grand-chose, donc j’ai déjà eu la même réaction, on ne fait plus rien, parce que je suis assez câlin donc ! Quand ce n’est pas aujourd’hui, je la laisse venir et puis ça ne vient pas donc ! Donc comme je me suis fait avoir, et bien je repars !! De me faire payer, entre guillemets, les refus ….Donc c’est au gré de ma femme quoi !! Autrement ça se passe bien et tout mais quand ça ne va pas, ça ne va pas, il ne se passe rien. Mais ça n'empêche pas qu’il y ait de l’affection, des câlins, c’est juste l’acte en lui-même qui ne se passe pas. Mais, moi ça va je ne le vis pas trop mal.
Je crois que de toute façon il faut le vivre pour le comprendre je pense. Moi je suis proche ! Je ne peux pas tout comprendre même si ma sœur m’a tout expliqué il y a un an. C’est qu’en un an, il s’est passé beaucoup de choses, et quand j’ai découvert tout ça, sur ma sexualité, c’est vrai que ça a été calme, parce que je n’avais plus envie, ça m’a jeté un dégoût, j’étais écœuré, en plus c’était mes parents. Ma femme, je crois le soir, c’était à la limite « salut bonne nuit » J’étais vraiment écœuré...
Par rapport à l’identité sexuelle …Finalement, je crois que j’ai su assez tôt que j’ai été victime d’inceste, puisque c’était à treize ans, les choses se sont dites et le mal était déjà présent en faite, je me suis construite dans la peur. Et aujourd’hui ça se traduit dans le comportement sexuel. Comme il y a des moments où je ne suis que dans la peur forcément et effectivement, ça se traduit par une incapacité complète à pouvoir avoir une relation sexuelle.
Je reviens par rapport aux mots, moi c’est par rapport au souffle, ça peut-être une respiration, un bruit de bouche, tous ces bruits là qui peuvent aussi tout simplement m’embêter au quotidien, et pas que dans le rapport sexuel, c’est de façon générale. Les sons, les odeurs…
Au début de ma thérapie, j’avais beaucoup moins de problème au niveau de ma sexualité. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir de la tendresse, mais je dirais quand même, je me sens beaucoup plus libre d’exprimer les choses telles que je les ressens, ou plus profondément, alors effectivement, ça a un impact sur la sexualité. Victime d’inceste, je crois que j’aurais toujours, j’ai le sentiment que j’aurais toujours une sexualité qui ne sera pas lisse. C'est-à-dire qu’il y aura toujours des périodes où j’irais plus ou moins bien, parce que je crois que l’inceste sera toujours présent et que la peur, elle peut revenir, une situation, elle rappelle à l’ordre, mais néanmoins la thérapie elle m’aura permis d’être plus libre et d’exprimer mes émotions. Et pour moi, c’est extrêmement important, qu’elle soit positive ou négative.
Est-ce que c’est un problème ? Oui mais ça dépend des moments, toujours pareil. Des blagues j’ai du mal à les supporter, ce n’est pas pour moi un sujet dont on peut rire, c’est un sujet qui m’a atteint au plus profond et dés mon jeune âge. J’ai souvent par rapport à notre sexualité, peur que mon mari se lasse un jour des hauts et de mes bas, même si je sais qu'il me soutient mais ça n’empêche que je suis consciente que la sexualité dans un couple c’est important. Les situations qui peuvent se passer dans la société parfois par rapport aux enfants, tout ça, évidemment ça m’affecte énormément. D’abord, sur mes propres enfants, je crois, oui, il y a beaucoup de choses que je mets sur la sexualité, sur mes peurs, pour moi et mes proches. Et comment améliorer ma vie sexuelle ? Je cherche des moyens régulièrement, j’essaie d’être plus légère, j’essaie de prendre des distances. J’entendais parler des ostéo tout à l’heure, je ne savais pas qu’il pouvait m’aider à ce niveau là, et donc je demanderais à mon ostéo s’il peut et éventuellement reprendre une thérapie si cela peut me permettre de prendre de la distance. Voilà, mais je ne sais pas comment me sentir plus légère.
Avoir des enfants a changé la sexualité, car c’est vrai qu’avant d’avoir mes deux enfants, et la thérapie, ça nous a vraiment aidé mais il y a eu une grande période de bas, période difficile de l’analyse, et après vraiment il y a eu un vrai bénéfice. Le faite d’avoir les enfants, je pense que ça ma renvoyée beaucoup de choses effectivement, et ça m'a réalimenté les peurs, les peurs d’enfant que j’ai moi-même pu vivre. Parce que ces peurs je les ai pour eux déjà, et puis je ne pense plus qu’à moi maintenant, et du coup, je suis certainement à un autre stade à ce niveau là. Et comment envisager d’améliorer ? Et bien, peut-être effectivement au quotidien de discuter, de converser, et en réalité, on a toujours été beaucoup dans la communication c’est vrai. Je le suis aussi beaucoup avec les enfants, maintenant, depuis que j’ai les enfants la question que je me pose, c’est comment je vais leur en parler. Ils sont petits, 3ans1/2 et 18 mois, comment leur évoquer sans leur faire peur, et ça c’est quelque chose je pense qui alimente ma peur.
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Date de dernière mise à jour : 02/10/2011