Mon corps

A 46 ans, je commence à m'aimer

A quarante six ans, je commence seulement aujourd’hui à aimer un petit peu mon physique. Je parle ici de ma tête, pas de mon corps. Ma tête me plaît aujourd’hui après être passée il y a quelques mois par une période de renaissance en me rasant les cheveux. Aujourd’hui, mon visage est dégagé, cheveux courts, maquillage, boucles d’oreilles. Mon corps reste très problématique. Pour me protéger de mon agresseur, je me suis fabriqué inconsciemment un physique plus fort que lui : j’ai atteint sa taille mais j’ai dépassé son poids, et de plus en plus au fil des années malgré quelques périodes d’amaigrissement grâce à des  régimes. J’ai un corps massif que je ressens comme masculin.

Avant, je ne le sentais pas ; il n’existait pas, il ne me limitait sur rien, il répondait, il était plein d’énergie mais je ne le connaissais pas, je ne l’habitais pas. Ce n’est que dans mes périodes de dépression que je prenais conscience de sa présence parce qu’il me donnait d’étranges sensations, très désagréables.

Exemple 1 : il m’est arrivé, à l’âge de l’enfance et de l’adolescence, de sentir dans mon lit le soir, quelque-chose qui gonflait à l’intérieur de moi au niveau du buste, qui devenait de plus en plus énorme et qui montait vers la tête ; j’avais peur de quitter mon corps.

Exemple 2 : pendant mes mauvaises périodes, mon corps ne s’exprime que par l’angoisse qui le prend tout entier, et je ressens notamment un point désagréable de chaleur situé dans le haut du dos à un endroit brûlant que j’avais désigné, à l’époque de ma psychanalyse, comme étant « l’œil de la honte » ! Ma psychothérapeute a qui j’ai exprimé tous mes ressentis m’a dit qu’il s’agissait d’une angoisse de mort.

Exemple 3 : c’est le plus gravissime et le plus horrible dans mon souvenir, qualifié de  moment psychotique intense selon la psychiatre qui m’avait suivie à l’époque : en pleine dépression, je me dis que je dois lâcher ce corps qui veut s’exprimer, ce que je fais ; je sens alors que je perds mon corps, qu’il s’envole ; une autre fois, il se transforme en pierre et je me sens enfermée dedans avec mon cœur qui bat à l’intérieur comme si je me trouvais être prisonnière, à l’intérieur d’une statue que j’étais devenue.

Ma relation avec mon corps dépend si je suis normale ou grosse. Je suis normale dans les périodes où je vais bien et grosse dans celles où je suis en périodes de creux de vague (qui autrefois dérapaient en dépression). Mais dans les deux cas, la relation avec mon corps n’est pas correcte : il m’est encore un corps étranger ; il m’est encore mal connu.

Quand je me tailladais les veines, je voulais ressentir de la souffrance.

J’en voulais à mon père, mais je ne pouvais pas le faire payer.

Alors, je voulais que mon corps souffre, qu’il soit marqué,

 comme au fer rouge, que je  ressente cette douleur que je ressens dans ma tête, 

ça me soulagera. C’est une illusion. Mais ça soulage un peu.

Mon corps ne me plait jamais

Je sais que j’ai longtemps alterné les périodes de boulimie et d’anorexie. L’anorexie, quand j’étais dans mes périodes de boulimie sexuelle (et il fallait que je plaise à tout prix !), la boulimie lors des périodes d’anorexie sexuelle (pour surtout ne pas plaire et qu’on me fiche la paix !) Ce corps, je ne l’aime pas ! Mince, normale, ronde, peu importe, il ne me plait jamais, c’est quelque chose d’encombrant. Me passer de la crème c’est l’enfer ! Je ne vois que mes défauts, ça me dégoute.

Je suis sans cesse entrain de me gratter, de m’écorcher, de me mutiler l’air de rien, c’est plus fort que moi, c’est comme si ça me calmait.

Ce n'était pas mon corps !

J’ai une relation très compliquée avec ce corps. Déjà, ce n’était pas mon corps ! C’était le corps de l’autre, de ce con : moi.

Une envie destructrice constante. En fait, toutes les angoisses, les échecs devaient obligatoirement passer par la case corporelle. Cela se traduisait par des tentatives de suicides. Je me griffais, m’auto infligeait des corrections, en me griffant avec des tournevis, en me cognant la tête. Je voulais voir la marque et ressentir la douleur, je cherchais la souffrance. Parfois, je me forçais à ne plus respirer.

Une bombe à retardement

Mon corps est comme une bombe à retardement, certains jours il me laisse tranquille quand la plupart du temps il me prend en otage. Ces jours-là j’ai beau me laver rien n’y fait, je reste sale, les immondices vous collent à la peau, vous transpirez plus que d’habitude et vous souhaitez une seule et unique chose : vous remettre dans un trou et attendre. Que l’on ne vous regarde pas surtout vous et votre honte suprême.

J'apprend à m'accepter

Les relations avec mon corps ont toujours été pénibles, dures à admettre, ce corps, je l'ai toujours refusé, pas aimé.... je le trouvais trop maigre, sans assez de forme..... Je refusais également de porter  tout ce qui avait attrait à la féminité (robe, etc.), les chemisiers échancrés, etc. Je n'aimais pas mon corps, car mon agresseur ne me regardait pas sainement, c'était toujours avec des envies de me dévorer, me toucher, me prendre ce qui m'appartenait. Aujourd’hui, je prends le temps de me regarder, d’accepter ce corps, même s’il n’est pas l’idéal que je m’en fais.  Je refais un peu de sport pour aider ce corps à m’accepter telle que je suis maintenant avec cette nouvelle acceptation de soi…. Je m’autorise à le regarder dans le miroir même si ce que je vois en reflet ne me convient pas, c’est moi.

Il fallait que je me punisse

Mon corps est couvert de cicatrices, les automutilations sont apparues quelques années plus tard pendant mon adolescence et je n'en suis toujours pas sortie... Il fallait que je me punisse pour ce que j'avais fait, c'était ma faute ! Aujourd'hui, ce sont pour d'autres raisons même si je sais qu'il y a un lien avec l'inceste. Je déteste ce corps qui est le mien, si je pouvais en changer je le ferai bien volontiers mais il est à moi donc, je fais avec....

La boulimie

J’ai 51 ans, j’ai été agressée sexuellement par deux membres de ma famille et aujourd’hui je souffre de TCA (troubles du comportement alimentaire). La boulimie a envahi ma vie depuis une dizaine d’années. En fait, depuis que je suis sortie du déni.

Etre boulimique, au quotidien c’est supporter le regard de dégoût ou d’apitoiement des autres. C’est une descente aux enfers. Avant, j’étais une jeune femme, dynamique, active, conviviale, agréable à regarder. J’avais un métier de contact dans lequel je réussissais. J’étais le centre d’un groupe d’amis avec lequel je partais en vacances, je passais soirées et week-end. J’avais un ou des amants. Je pensais, comme on me l’avait appris que « si je voulais, je pouvais ! » Je suis sortie du déni et la boulimie c’est peu à peu installée. J’ai grossis d’une trentaine de kilos. Depuis, je me suis renfermée. Je m’isole pour manger, pour me gaver. J’ai honte. Honte de ne pas trouver la volonté de me raisonner, honte de me goinfrer.  Je ne sors plus, car j’ai honte de mon corps qui se traine, que je ne peux plus habiller, dissimuler. J’ai honte de ce corps de bibendum alors je me cache chez moi. Dehors, je ne suis plus personne. Je ne suis surtout pas moi. Mais cette graisse qui m’entoure me donne prétexte à ne rien faire. Grâce à elle, je suis invalide. Je peux montrer ma souffrance. Incapable de me tuer dans un accès de courage, je me tue à petit feu. Un médecin m’a dit que je mettais ma vie en danger. Et alors ?  C’est peut-être ma solution pour en finir, sans courage et sans volonté.

L'envie

Envie quelle saloperie celle-là... L'envie veut ta peau et tout ce que tu as... comme ta vie rien de moins.
Je me suis tellement fait dire: - 'Ben toi c'est pas pareil t'es belle... tu peux pas savoir.... '
Savoir quoi ... quand j'étais ado puis que j'avais de l'acné ma mère qui était esthéticienne me disait:

- "Tu t'imagines ce que le monde va penser de moi... une esthéticienne qui a une fille plein d'acné. Si tu lavais aussi....."
Mais ce qu'elle disait pas c'est qu'elle me trouvait belle même avec mon acné. Alors comme si ce n'était pas assez, j'avais les cheveux en bas des fesses, j'étais belle, mais pas pour longtemps elle m'a fait couper les cheveux comme un scalp pour s'en faire un postiche, qu'elle n'a jamais portée. Mais au moins je n'avais plus une super tête avec ma crinière. Elle qui avait quelques cheveux sel et poivre, éparses sur la tête elle était ravie.... L'envie!
Quand on est belle c'est comme si on l'a pas mérité. Les filles t'en veulent t'es belle ... les hommes te voient comme une allumeuse ... mais personne ne sait que ta mère t'a toujours dit que personne ne voudrait de toi alors toi tu le sais pas que t'es belle au contraire tu veux te cacher tellement que tu as honte de toi.
Le pire c'est que ça fini jamais c'est toujours la même histoire les femmes t'en veulent et les hommes pensent que tu te prends pour une autre...
Personne ne réalise que t'es juste normale. Pas plus belle, pas meilleure, pareil comme tout le monde. La confiance en soi ça vient pas avec la beauté...
La vie est pas plus facile bien souvent elle est pire et en plus elle t'isole parce que personne ne comprend que t'es juste une personne comme les autres.
La seule chose qui a changer c'est que je ne suis plus capable de me faire dire; Toi c'est pas pareil et je ne suis plus capable de me faire rentrer dans à grands coups de MOI AUSSI JE VEUX... J'ai compris que ce que j'ai je l'ai gagné, même payé cher et que je le mérite.

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